Quand je finalise ma transformation en NERD
Ecrit le : 19 mai 2010 |
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Dans la catégorie : Les machins qu'on lit et qu'on regarde et qu'on écoute | Les trucs qui passent par la tête
Ça a commencé subrepticement. Presque innocemment, sur un air de ne pas y trop toucher, à la limite du réflexe primaire, un truc que l’on ne peut pas réguler. Vous savez, comme quand le médecin vous tape sur le genou avec son petit marteau. Un truc qu’on ne contrôle pas, quoi.
L’autre jour, dans le métro.
Je descends sur le quai de la ligne 7, direction le boulot pour une nouvelle journée de folie créative et de rencontres exceptionnelles, et mon regard est légèrement attiré vers une affiche collée sur le mur. C’est une publicité, comme celles qui vantent les mérites des pièces de théâtre un peu ringardes, du genre de la centième représentation du célèbre « Mon concierge vote à gauche !» ou encore « Où est passée la crémière, que je lui batte le beurre ? ». Mais là, point de gaudriole. C’est une affiche sobre, en noir et blanc et à la typographie très classique, qui chatouille mon champ de vision, juste à sa périphérie.
Et je lis « Aragorn » !
Quoi ? Depuis quand le roi du Gondor fait-il des spectacles à Paris?
Interloqué, je pivote la tête pour mieux lire. Mais non, pas du tout ! C’est un spectacle mettant en scène des textes d’ARAGON. Aaaaah… Mais à une lettre près, ça faisait Aragorn. C’est moins marrant, là….
(Petite note à l’usage des néophytes : Aragorn est l’un des personnes principaux du livre de Tolkien « Le Seigneur des Anneaux ». Pour préciser, disons également qu’il était interprété par Viggo Mortensen dans l’adaptation de Peter Jackson. Voilà qui parle sans doute davantage aux filles, vooooilà, vous situez ? )
Cette anecdote n’aurait sans doute aucun intérêt – oui, cher lecteur, je vois où tu veux en venir – si je ne m’étais pas rendu compte que quelque chose clochait. En effet, un événement similaire m’avait quelques jours plus tôt mis la puce à l’oreille. Me rendant avec ma chère et tendre au domicile d’un couple d’amis, nous étions passés devant un café. Le genre de café qui n’attire pas les regards, un bistrot type PMU, quoi. Et même problème, je lis quelque chose à la périphérie de mon champ de vision.
« CAPRICA Café »
What the frak?! Des fans de Battlestar Galactica ont ouvert un café dans le 14ème arrondissement et on ne m’avait pas prévenu? Faites chauffer les Vipers (et mettez la bière au frigo), on arrive ! Encore une fois, je tourne la tête. Cruelle désillusion. Mon Caprica Café, vecteur de tous mes rêves science-fictionnesques les plus fous, avait cédé la place à un bien prosaïque « Caprice Café ».
(Petite note à l’usage des néophytes (bis) : Battlestar Galactica est une des meilleures séries jamais tournées, qui nous propose de suivre le destin des survivants en fuite de la grande bataille qui a opposé les Cylons (robots créés par l’homme), et la race humaine. Les humains ont depuis longtemps oublié la Terre, et vivent en colonies respectives sur douze planètes dont l’une est baptisée Caprica. Voilà, n’y revenez pas. )
N’empêche qu’il y a un problème. Mon cerveau ne m’obéit clairement plus. Et ça continue. Pas plus tard qu’avant-hier, marchant lentement le long du trottoir, les yeux baissés vers le sol car le ciel, cruel espace, n’accueille plus aucun espoir, l’écharpe au vent mauvais, frappé par les embruns des vagues (oui, j’en rajoute un peu), je tombe sur une plaque d’égout. Incroyable, non ? Et attendez la suite. Pas tant que la plaque ait eu une forme spéciale, car c’est plutôt le motif SUR la plaque qui m’a interpellé : une croix parfaite, assez épaisse, en forme de gros signe « plus »… qui m’a immédiatement fait penser à une manette de Nintendo NES.
Bon alors là, pause. Ça ne va plus du tout, il va falloir qu’on parle.
Je suis en train de me transformer en Nerd.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Nerd
Comment cela s’est-il produit ? Quelle suite d’évènements, apparemment sans lien de cause à effet, m’a conduit à confondre l’un des plus grands poètes de la langue française et l’un des plus grands rois de la Terre du Milieu ? Quel curieux phénomène psychosocial, quelle connexion neuronale défaillante, m’a forcé à imaginer qu’une succursale extra-terrestre avait ouvert dans le 14ème arrondissement ? Et quel fléau social moderne m’a amené à confondre une manette de console et une plaque d’égout ? La bonne question que voilà ! J’ai pourtant lutté. Toute ma vie, j’ai combattu mes penchants. Mais je ne peux plus me cacher. Je dois faire mon coming-out. Sous ces dehors de mec vachement cool et plutôt avenant (worship me !), je ne suis qu’un sale Nerd.
Evidemment, je ne pars pas de très loin. J’ai toujours eu une console à la maison, en tout cas depuis que je suis en âge de jouer. Mes parents possédaient même cet appareil formidable qui permettait de jouer au tennis avec deux bâtons se déplaçant verticalement, séparés par une ligne centrale en guise de filet et un carré pour balle. Des parties de folie, pendant des heures (pas trop longtemps quand même, attention à l’épilepsie), autant dire que ma sœur et moi, nous sommes nés avec une console dans les mains. Dans le cas des jeux vidéos, je peux sans crainte incriminer mes chers parents qui, sous couvert de nous faire plaisir, se sont autant acharnés que nous sur les manettes Nintendo. L‘argument massue « demain il y a école » est d’autant plus relativisé par un enfant de huit ans lorsque dix minutes après qu’il ait rejoint les doux draps de coton du lit, qu’il ait éteint la lumière et attendu le marchand de sable, il ait été interrompu dans ses tentatives d’endormissement par les cris de joie de sa mère qui a ENFIN trouvé le marteau dans les Montagnes de la Mort (cf Zelda II). Nintendo, c’est un peu une histoire de famille (même si les parents viennent de récupérer une X-BOX grâce à ma sœur, ce qui ne les fait pas passer pour des traîtres à la cause Nintendo pour autant puisque j’ai moi-même craqué pour une PS3 après avoir revendu la Wii, honte sur moi).
Donc question jeux vidéo, ok. Même si je n’arrive jamais à terminer un jeu, je suis quand même un peu nerd de ce côté-là. Mais s’il n’y avait que ça !
D’accord, j’aime la littérature fantastique. Mes auteurs de prédilection flirtent souvent avec les univers tordus et imaginaires, comme Lovecraft par exemple, que je vénère au point d’avoir entamé il y a déjà plusieurs années une collection de ses ouvrages. Ma pièce maitresse est d’ailleurs une véritable première édition du magazine Astounding Stories contenant les Montagnes Hallucinées, ça vous épate, hein ? Je ne le sors jamais du plastique car ce genre de magazine étant à la base imprimé sur un papier pourri (d’où l’appellation de pulp magazine, du nom du papier pourrave utilisé), il s’effrite à vue d’œil. C’est bête, parce qu’il m’a coûté cher. Quand j’aurai de l’argent, j’achèterai un coffre climatisé mais en attendant, je le vénère de loin. Toujours est-il que mes domaines de prédilection en matière de la littérature vont toujours du côté du bizarre. Même dans les classiques, je veux dire : je préfère Henri Michaux à Mallarmé. Je préfère Lautréamont à Balzac. Hugo à Zola. Evidemment, je m’achète une conscience littéraire de temps en temps : j’adore Céline, c’est un auteur qui me retourne les tripes… mais lorsque vient la nuit, lorsque plus personne ne regarde, je me plonge dans un petit Jasper Fforde qui fait toujours du bien.
Evidemment, j’ai essayé de résister. Vous pensez bien !
A chaque fois que je passe à côté d’une boutique de fringues spécialisée, ou d’une échoppe de bandes dessinées, mes yeux dérapent sur les tee-shirts StarWars, bien sûr. C’est humain. Mais je sais me tenir : je continue ma route, et prends le chemin du premier Gap venu pour m’acheter un tee-shirt regular et un pantalon straight, le tout uni, sans motif, éventuellement des rayures, le plus basique possible… Il ne faut pas sombrer dans l’excès ! Mais je l’avoue, j’ai craqué l’autre jour : Uniqlo propose depuis quelques semaines des tee-shirts à motifs mangas, et je n’ai pas su résister…
Prisonnier du nerdisme, moi ? Non. Le nerdisme n’est pas une fatalité. Ce n’est même pas une maladie, c’est juste… un certain penchant qui est pour l’instant stigmatisé par les médias, mais qui sera bientôt reconnu à sa juste valeur. En fait, c’est un syndrome. Quelque chose d’enfoui, plus ou moins profondément, et qui ressurgit à intervalles réguliers. Ça ne m’empêche pas de lire le dernier Michel Onfray ou de militer dans un parti. Mais c’est un coin douillet où il fait bon se blottir.
Mais ne vous en faites pas, les crises sont espacées. La plupart du temps, je suis sociable et je… quoi ?
Mais qu’est-ce qui m’arrive ?!
Je sens une crise monter ! Noooon !
J’ai envie de jouer à God of War, d’écouter de la musique en streaming, de poker des gens sur Facebook ! J’ai envie de lire un space opéra, d’aller manger japonais, de dire « KAWAIIIIIII ! ». Aaaaaaaaaaaaahhhhhh !
Silence.
Rhaaaaaaaa ! (bis, fin de la crise, reprise de soi, dégonflage des veines du visage après transformation en bête geek à deux têtes)
Nous sommes des milliers. Des millions.
Vous ne nous échapperez pas…
Bientôt, vous serez comme nous.
Tags: aragorn, battlestar galactica, caprica, geek, nerd



8 commentaires
Ooooouuuuuuuuuh, le neeeeeeeeeeeeeeeeerd!!!!!!!!!
Mon dieu ! Qu’ai-je fait ????????
vive les jeux vidéos!!!je me souviens aussi de donkey kong sur la super nintendo!! c’était le bon temps!
Bienvenue du côté obscur de la Force !!!
Bonjour, je m’appelle Sarah…Ce matin j’ai passé une heure à faire un X-wing en tickets de métro…..Et je suis très fière du résultat!!!!!!
Assumons notre nerditude!
So say we all!^^
SO SAY WE ALL!
Je me sens vachement moins seul d’un coup! ca me donne l’impression de lire tout haut et bien formulé ce que je pense tout bas en n’osant l’avouer!
Maintenant je m’en veux à mort d’avoir pourri ta partie sur Red Dead! si j’avais su ce qu’elle représentait! je m’excuse mille fois. Bien amicalement, d’un geek qui tente de passer pour un mec normal dans la vie. =P