Le Bloug de Julien Simon, auteur-scénariste

Quand les élections tombent toujours un dimanche

Ecrit le : 14 mars 2010 | 6 commentaires >
Dans la catégorie : Les trucs qui passent par la tête



C’est vrai, quoi ! C’est quand même mal fait !


(pardonnez ce cri de révolte aussi violent et irrépressible qu’insoutenable)


Mais il y a de quoi être en colère : alors que le taux de participation aux différentes élections décroit d’année en année, personne ne fait rien pour arranger les choses. Je ne voudrais pas avoir l’air d’un rabat-joie mais le tableau n’est pas brillant. Et si tout ce que l’on a trouvé pour nous faire voter, c’est la culpabilité, et bien… ce n’est pas joli-joli, les gars… C’est petit, de taper sous la ceinture. Pas un dimanche d’élection ne se passe sans que, pour peu d’avoir eu le malheur d’allumer la télé ou la radio, on ne nous serine d’avertissements bavards et moralisateurs sur la nécessité d’aller voter (Yann Barthes, toi aussi!) .

On le sait bien, qu’ « être français, c’est avoir des droits, mais aussi des devoirs » : le petit bonhomme agité l’a suffisamment répété ces deux dernières années, c’est bon, pas la peine de nous en resservir une couche. Encore une preuve, s’il en fallait encore une, que la meilleure manière de convaincre les gens d’une chose, ce n’est pas de la leur expliquer, mais de la leur répéter cinquante fois. Regardez la pub, ça marche à tous les coups (j’ai eu le petit jingle ORPI dans la tête pendant quarante-huit heures).


Pour en revenir aux élections…


urne


Ce dimanche se déroulent les élections régionales. Je sais bien que ça n’intéresse pas grand monde, et que les élections présidentielles sont toujours plus glamour. En plus, les élections présidentielles, c’est en mai, pas en plein mois de mars au milieu des bourrasques glaciales, des averses et de la grisaille ambiante. Alors forcément, les gens sortent plus facilement de chez eux.


Et puis quoi, pourquoi le dimanche ? D’accord, les gens ne travaillent généralement pas, même si cette tendance tend à baisser : il n’y a qu’à se balader en centre-ville pour voir que plein d’employés de café, de boutiques de fringue ou de cinémas ont mieux à faire le dimanche que d’aller voter. Sans même aller jusqu’à se pencher sur le cas des travailleurs du dimanche de plus en plus nombreux, je ne sais pas pour vous mais pour moi, le dimanche, c’est un peu une malédiction. On ne peut rien tirer de bon d’un dimanche, c’est toujours ennuyeux et vaguement déprimant. Par ce temps, on n’a pas envie de sortir. On veut rester chez soi, calmement, et lire un bouquin, une BD, manger un sandwich au cantal en écoutant le dernier Vampire Week-end. Ça, ce sont des choses que l’on a envie de faire le dimanche. Rester dans son pyjama en pilou, les cheveux crades, et regarder un épisode de l’inspecteur Barnaby (qui a des problèmes qui conviennent très bien à l’atmosphère des dimanches, je trouve, des problèmes un peu mous, un peu pas très intéressants, mais bon, c’est dimanche alors ça passe).

Bref, peut-être qu’organiser les élections le jeudi soir, ce serait une idée? En rentrant du boulot, après avoir pris une baguette, on vote, on va chercher son loto et hop, le tour est joué! Du coup, comme on n’a rien de mieux à faire, ce n’est pas gênant (pas besoin d’annuler le week-end chez tata, ou la partie de bilboquet du club) Et puis en semaine, nous sommes habitués à faire des trucs ennuyeux (comme bosser, par exemple). Donc une de plus ou une de moins…


Bref, s’il y avait une chose que je n’avais pas envie de faire aujourd’hui, c’était de sortir de chez moi pour aller voter. Ma chère et tendre n’ayant pas ce problème (elle n’est même pas française, la vilaine, et n’a donc pas l’obligation d’aller voter… mieux, elle peut voter par courrier! Pourquoi ne peut-on pas voter par internet? Avec les certificats de sécurité déjà utilisés dans les formulaires des impôts, ça me semble jouable, non? ) je me voyais encore moins me réjouir à l’idée de quitter seul l’appartement, après m’être forcé à me laver les cheveux, après m’être contraint à enfiler des chaussures…


Et pourtant, bon citoyen que je suis, je me suis rendu dans mon bureau de vote.


Sympa, le gars, quand même…


Déjà, je n’ai pas envie qu’on me fasse la morale après. Le côté « Comment ça, tu n’as pas voté au second tour de la présidentielle Chirac-Le Pen ?! » m’avait suffisamment gavé à l’époque… Ben oui, je n’avais pas de carte électorale, parce que je ne m’étais pas inscrit suffisamment tôt. De toute façon ça m’avait énervé, ce côté révolution populaire… Comme si quelqu’un avait cru un seul instant que Le Pen aurait pu être élu… Ridicule. Mais le français aime les combats comme celui-ci, les combats gagnés d’avance. Par contre, quand il faut se battre en vue d’une issue incertaine, voire carrément grillée et inaccessible, il y a beaucoup moins de monde. Bref.


Donc depuis ce temps, je n’ai pas manqué la moindre élection. Régionales, cantonales, municipales, européennes, présidentielles, premier tour, deuxième tour, la revanche, la  belle, la troisième mi-temps, j’ai tout fait. Sur ce point, on ne peut pas me choper. Je suis blanc comme neige.


Mais il faut bien avouer qu’on ne vous facilite pas la tâche.

Aller voter, ça n’a rien de très entrainant, ni de très funky…


D’abord, et si l’on a passé les premières épreuves éliminatoires (douche, déjeuner arrosé, pétanque avec les potes au bord de la mer, etc) , le décor ne donne pas envie. En général, le bureau de vote se situe dans une école, dans la mairie ou dans une salle communale. Rien d’ultra branché là-dedans, ni d’un grand intérêt ethnologique. Vous faites face à une bande d’allumés (il n’y a pas d’autre mot) de la vie sociale pour lesquels il n’y a rien de plus marrant que de se lever à six heures pour aller ouvrir le bureau de vote, puis de rester des heures à se faire chier, à regarder les pièces d’identité des gens (ils doivent quand même voir de bonnes tronches sur les photos de passeport). Il faut expliquer aux mamies qu’elles doivent prendre AU MOINS DEUX BULLETINS (pas juste celui de Jean-Marie, même si c’est un bon français, lui, au moins, le seul d’ailleurs, avec tous ces noirs qui se présentent aux élections, n’est-ce pas, mon bon monsieur ?) et les conduire dans l’isoloir. Vous remarquerez d’ailleurs qu’on tient le même discours au sujet des clubs échangistes et des isoloirs : ce qui se passe dans l’isoloir reste dans l’isoloir. Il faut, dans cette atmosphère austère et pesante, faire son choix en toute objectivité, puis affronter la signature du registre et le lancinant « a voté » du préposé à la manette. Et puis, moment fatal, trouver une bonne excuse pour échapper au dépouillement. La question que l’on redoute à chaque fois.

« Seriez-vous volontaire pour procéder au dépouillement ce soir ? »

Soyons honnêtes, nous avons tous été tentés de répondre au moins une fois que l’on ne serait pas là, qu’on avait autre chose d’important à faire, un avion à prendre, un ami à enterrer (oui, un dimanche soir, parfaitement)… alors qu’en réalité, nous serons simplement devant la trente-quatrième diffusion des Experts sur la Une. Oui, le français est fainéant. Et à mon grand dam, moi le premier. J’ai failli dire oui, cette fois-ci, moins par civisme que par culpabilité, parce que je refuse à chaque fois. Promis, la prochaine fois, j’irai, et je vous raconterai. En tout cas, le type qui pose la question doit en entendre des belles, des excuses… Parce que c’est fou mais à en croire les gens, Paris sera vide ce soir, tout le monde ayant eu un bateau à prendre, un train à attraper, un avion dans lequel embarquer ou un embouteillage auquel participer… C’est le moment de sortir nu dans la rue, les gars, il n’y aura personne ce soir en ville!  D’ailleurs, lorsque j’ai répondu « malheureusement, non », le type m’a demandé « pour quelle raison ? ». Bizarre, quand même… Qu’est-ce que ça peut te faire, tu n’as pas envie de tout te taper tout seul, c’est ça ? J’ai peut-être vraiment un truc à faire, ce soir, un truc urgent… Bon, ok, j’ai rien à faire. Mais j’aurais pu… Quelle inconvenance, vraiment…

Entre nous, d’ailleurs, les préposés utilisent des méthodes intéressantes: j’ai pu les voir à l’oeuvre. En effet, le couple juste devant moi dans la file s’est laissé convaincre par l’entrain du bonhomme. Ils ont dit oui, du bout des lèvres, un tout petit oui, un oui gêné et bien ennuyé, mais un oui quand même. Et bien le type a gardé leur carte d’électeur! « On vous la rendra ce soir », qu’il a dit, « et soyez à l’heure! ». J’imagine qu’on a dû leur faire mille fois le coup du « oui oui, promis, je viens ce soir, juré craché, sur la vie de ma mère… » alors depuis, ils ne se font plus prendre! Ils prennent des garanties… Il parait que dans certaines communes, ils gardent un enfant en gage. Ou un chien. Plus rarement, ton IPhone: là, ce serait vraiment des méthodes de barbares.


Pourtant, il y aurait mille manières de rendre un scrutin attirant, glamour, séduisant.


Appelons Karl, notre expert en glamour. Lui seul peut nous tirer du marasme dans laquelle, pauvre France, tu t’es plongée toute seule ! Vas-y, donne-nous du glamour, et ne lésine pas sur les paillettes…


Déjà, il faudrait peut-être mettre un fond sonore. Un truc qui dissipe ce silence oppressant et castrateur, qui inhibe toute joie, toute créativité. Lady Gaga ou David Guetta me semblant tout indiqués, j’accepterais néanmoins tout autre air entrainant donnant un côté djeun’s à l’ensemble… D’ailleurs, les gens viendraient peut-être voter davantage si Lady Gaga et David Guetta, ainsi que tous leurs potes des NRJ Music Awards, venaient donner un coup de main pour le dépouillement, eux aussi. Ou si Mélanie Laurent, d’un geste gracieux et aérien, actionnait la petit manette et susurrant votre nom, déclarait le sacro-saint « a voté »  d’une voix cristalline et rieuse. On pourra à loisir remplacer Mélanie Laurent, en fonction des disponibilités, par Madame de Fontenay ou Moundir, l’aventurier de l’amour, qui non content d’être un poète, est aussi un citoyen engagé (en faveur de l’éducation, notamment, dont il décline les lacunes de ses contemporains à toutes les sauces, surtout hurlantes, les initiés comprendront).


Voilà, ça, c’est une solution people. Avec ça, on remonte à 60% de votants.


Mais on peut faire encore mieux.


Nous pourrions remplacer les tristes rideaux des isoloirs par des motifs ethniques, ou des couleurs chatoyantes. Valérie Damido nous fera ça très bien. Laissons Philippe Stark designer les urnes, ces morceaux de plastique tristes et sans âme ! Qu’il nous fasse quelque chose de sobre et de fonctionnel, mais fun, nom d’une pipe ! Ensuite, dans les isoloirs, des fauteuils en cuir usés, avec des pantoufles pour être bien à son aise. Enfin, un écran DANS l’isoloir diffusant en avant première le nouvel épisode de Lost, de Dexter ou de Battlestar Galactica. Pour les jeunes, des clips en boucle et des épisodes de Bob l’éponge. Pour les vieux, Michel Drucker, de manière à ce qu’ils n’en loupent pas une miette en allant voter. Pas mal, non ?


Nous venons de remonter à 75% de votants.


Et bien à chaque votant, nous nous proposons de remettre un panier garni comprenant un pot de rillettes du Mans, une bouteille de jus de fruits de grande marque, quatre sachets de thé arôme banane-saucisse  ainsi qu’une Playstation 3 et un IPhone… Pour les prochaines présidentielles, un IPad… c’est pas beau, ça ? Et un bisou de Madame de Fontenay, et aussi un ticket pour aller d’office au Théâtre sans passer devant le jury de la Nouvelle Star. Voilà. Vous êtes contents ? On dirait.


Le compteur vient d’exploser. Nous sommes passés au-dessus du seuil des 100% de votants ! Les enfants veulent voter aussi, désormais ! Les belges aussi, d’ailleurs, ainsi que la plupart des européens et quelques touristes en vacances. Il faut embaucher des CRS pour faire la loi, car on ne contrôle plus rien, c’est l’hystérie ! En plus, devinez quoi ? On ne vous demandera PLUS JAMAIS si vous voulez venir au dépouillement ! Steve Jobs vient d’inventer une application IPhone qui dépouille les bulletins en temps réel ! Hourra ! Et il vient d’annoncer aussi qu’il donnerait un chèque de cent euros à tous les bons citoyens…


Et imaginez que ça marche ? Tiens, si on se disait ça.


Voilà, je suis sorti de chez moi et je marche vers le bureau de vote. Et soudain, miracle ! Nous avons réussi, la révolution citoyenne est en marche ! Les élections passionnent, c’est la cohue ! Il y a un attroupement phénoménal devant le bureau de vote, on se bouscule, on rit, on explose de joie, et… on porte tous des kipas ?


Hein ?


Ah non, toutes mes excuses, ça n’a rien à voir.

Comme le bureau de vote dans lequel je me rends est juste à côté d’une synagogue, j’ai cru que l’attroupement était la queue pour aller voter. En réalité, c’était juste un mariage. Je me disais, quand même, que la communauté juive était sacrément citoyenne aujourd’hui… Non pas qu’elle ne le soit pas d’habitude, mais bon… et puis c’était louche, tous ces gens en smoking pour aller voter… un jogging aurait suffi…


En attendant que toutes ces petites améliorations nécessaires soient apportées, je pense qu’il faudra encore se contenter d’un petit 40%.


Grand max.


C’est triste. Pour la vie politique, en tout cas.




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6 commentaires

  • Zogzog dit :

    Je l’ai fait le dépouillement à l’époque. C’est marrant. Enfin… intéressant. C’est un peu comme un club, genre fight club, sans le fight, mais les gens qui s’en occupent ont un truc dans le regard…

  • Roze dit :

    Mon frère a dépouillé cette année, tu veux l’interviewer ! Généralement ce sont des engagés dans la vie politique de leur commune, d’où les petites flammes dans les yeux !
    Nous on est aller voter au moment où l’équipe mangeait, du coup le jeune à l’entrée a rigolé quand Jérémie n’a pris qu’1 bulletin (quel voyou celui-là) et le type a cherché mon nom du côté « A à J » avant de réaliser que le « R » se trouvait inévitablement de l’autre côté de l’urne. Résultat, moi qui avait préparé 2-3 réponses à la question fatidique de la participation au dépouillement, j’ai eu la déception mais aussi, il faut bien l’avouer, le soulagement de ne pas avoir à y répondre.

  • celine dit :

    Ah! Au début, j’étais déçue de ne pas voir les pantoufles avec le pyjama en pilou! Mais c encore + chic de les avoir évoquées séparément! Bravo! PS (heu…pour éviter toute ambiguïté post scriptum) : je n’ai pas voté hier

  • Valeska dit :

    Je tente de convaincre Julien de faire son devoir de citoyen et de blogueur en participant au dépouillement dimanche prochain. Qui d’autre vote pour? :) )) Hehe!

  • Valeska dit :

    C’est nul ces smileys qui se mettent en début de ligne…

  • Je ne suis même pas allé voter au second tour des régionales ile de France, tant les deux candidats restants étaient nuls (Huchon et Pécresse).

    De toutes façons, comme 60% des électeurs qui votent sont des ignares, cela relativise largement la légitimité de la démocratie.

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Bonjour ! Je suis un jeune auteur/scénariste de 28 ans, installé à Paris.

Après des études de cinéma, et plus particulièrement de réalisation, j’ai décidé il y a plusieurs années de poursuivre mon exploration des différentes facettes du métier de raconteur d’histoire à travers l’écriture. Depuis, je surfe sur les différents modes d’expression dramatique que sont le scénario, la pièce de théâtre mais aussi la nouvelle et le roman. Vous trouverez sur le site une sélection de quelques uns de mes écrits, ainsi que des extraits téléchargeables. Vous pourrez également consulter mes projets de scripts ou de romans en cours. N’hésitez à venir jeter un œil sur le blog, où vous pourrez suivre mes péripéties en temps (presque) réel !

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