Le Bloug de Julien Simon, auteur-scénariste

Quand ma perception de la réalité est ébranlée par un aspirateur

Ecrit le : 30 novembre 2009 | 3 commentaires >
Dans la catégorie : Les trucs qui passent par la tête


Je le concède volontiers: l’intitulé de la note est un tout petit peu excessif.


Mais pardonne-moi, cher visiteur, c’est là tout ce que j’ai trouvé pour racoler le chaland. Et oui, ça fait un peu Cirque de Freaks. Je ne dis pas le contraire.

Au cours d’un de ces fabuleux brainstormings dont les écrivaillions ont le secret, j’avais pensé à un titre plutôt du genre « Venez voir la Femme à Barbe ! Venez voir l’Homme le Plus Fort du Monde ! Venez admirer l’Homme dont la Perception de la Réalité est ébranlée par un Aspirateur ! » … Mais finalement, j’ai décidé de faire sobre. Un peu plus Science et Vie Junior, quoi. Et puis dites donc, on ne peut pas m’en vouloir d’essayer de ratisser large ! Je suis un jeune auteur, je n’ai encore reçu aucun prix littéraire (Dieu nous en préserve) , et mes films ont été visionnés par l’équivalent de la population de Mars en 1632 (oui, il n’y avait déjà plus grand monde sur Mars à cette époque, mais il y avait de jolis canaux, vous auriez dû venir). Alors c’est normal de vouloir susciter l’interrogation, de jouer sur le côté mystérieux et sibyllin d’un intitulé évasif.


Et puis il faut voir le bon côté des choses : tous ces gens qui, dans les prochains jours, chercheront le mot « aspirateur » sur Google… et bien ils vont tomber sur mon blog ! Ça ne fera pas avancer ma carrière d’écrivain, mais ça me permettra d’élargir mon public à la clientèle de chez Darty. Ce n’est pas à négliger, quand même. Qu’est-ce que vous avez contre Darty, bande de snobs ? Ah, c’est sûr, ce n’est pas le Figaro Littéraire. Mais allez faire une dédicace chez Darty un 20 décembre… Vous rigolerez moins après cette expérience, que je vous promets d’être inoubliable. Le « contrat de confiance », ce n’est pas rien, quand même ! LA CONFIANCE, MINCE ! Funestes cuistres que vous êtes…


Bref.


Revenons aux aspirateurs.


Ce n’est pas que j’y tienne tant que ça mais après tout ce teasing, il serait assez aimable de ma part d’en venir aux faits. Même si ce n’est pas manquer de respect envers son lecteur que d’opérer de savantes digressions. Qu’est-ce que vous avez contre les digressions ? Alors voilà, d’abord les aspirateurs et maintenant, les digressions. Est-ce que j’en fais tout un fromage, moi, de faire des digressions ? Réponse : non. Je me contente d’en faire une digression.


Re-bref.

Desproges s’excusait toujours d’avoir été grossièrement interrompu par lui-même. C’est vrai que c’est plutôt énervant d’avoir toujours à supporter sa propre présence qui n’arrête pas de vous interrompre… Surtout alors que vous vous apprêtiez à révéler au monde un truc passablement incroyable qui parle d’aspirateurs et de perception de la réalité. Je veux dire, ce n’est quand même pas tous les jours. J’aurais pu simplement dire que j’avais passé un bon dimanche, et puis voilà, personne n’aurait voulu lire un truc pareil. J’aurais pu aussi parler du fait que j’ai passé l’aspirateur ce matin dans l’appartement. Ce qui n’a rien à voir avec notre histoire, d’ailleurs, rassurez-vous, je ne vais pas vous parler ménage personnel. Même si ça pourrait être intéressant de savoir que je fais le ménage à la maison. Non, non, c’est beaucoup plus intéressant, ce que j’ai à vous dire. Beaucoup plus fou, aussi. Et il y a aussi une meilleure utilisation de l’aspirateur. Tiens, je vais tenter de battre le record du mot aspirateur placé dans une note de blog, hop, je crois que j’ai gagné. S’il y a contestation, contactez le Guinness. LE Guinness, alcooliques… Le Livre des Records, celui que vous compulsiez en riant grassement lorsque vous aviez douze ans et la figure couverte de fistules. Ah, ça c’est marrant, hein, l’homme le plus gros du monde, le plus long lancer de pépin de pastèque (à la bouche) ou le plus grand hot-dog de l’univers… ça, ça fait rigoler.


Par contre, dès qu’il faut parler de perception de la réalité, là, il n’y a plus grand-monde…


Bon, ça va ? J’ai été suffisamment énervant. Allez, je me lance.


Vous allez voir, ça va être complètement fou. Un truc dément…

Vous n’allez pas plus en dormir. Vous allez être excité toute la journée. Quoi qu’il arrive, ce truc va changer votre vie à jamais. Une réflexion de malade poussée à son paroxysme. Un monument dédié à l’absurde, un Arc de Triomphe, que dis-je.


Vous êtes prêts ? Alors voilà.


Aujourd’hui, j’ai vu un type sortir du métro avec un aspirateur sous le bras.




Voilà.


(Vous êtes toujours là ?)


Non, mais attendez un peu avant de partir ! Hé, quand même, vous n’êtes pas arrivés jusqu’ici pour vous barrer comme des voleurs, non ?Et puis bon, c’est de votre faute aussi, vous n’aviez qu’à pas mettre trop d’espoir en moi ! Vous pensiez vraiment que je pouvais tenir cinq pages sur un aspirateur ?


Quoi, vous ne m’en pensiez pas capable ?

Comment ça ?


Vous plaisantez, j’espère. Ce n’est pas que je me vexe vite mais j’ai tout de même ma fierté… Et puis je suis parfaitement capable de tenir cinq pages sur n’importe quel sujet. D’ailleurs, je vais peut-être lancer un concours. Un concept. Ce sera aux lecteurs de suggérer un sujet de note de blog. Ça pourrait être pas mal, ça, non ?Allez, la prochaine note, je vous laisse décider, d’accord ?


aspirateur-usb-retro-1a

Voilà. Il ressemblait un peu à ça… Epatant, non?


Ceci dit, cette vision quasi prophétique d’un homme marchant seul dans la rue avec un aspirateur sous le bras (un vieux Rowenta un peu pourri, hein, pas le genre d’aspirateur tendance avec tourbillon dedans, qui ne fait aucun bruit et qui aspire même les microbes… non, non, un vieux truc pourrave qui doit rayer le parquet à chaque fois qu’on l’y passe, qui n’aspire plus grand-chose… un vieil engin qui aurait tout aussi bien fait de rester dans la poubelle d’où on l’avait tiré) et bien cette vision, disais-je quelques lignes plus tôt avant d’être encore une fois interrompu par mes propres digressions, avait un petit quelque chose d’interpellant. D’impromptu, dirais-je même. De cocasse, quoi. Par pitié, ne m’obligez pas à sortir le dictionnaire des synonymes…


Alors voilà, un type qui sort du métro avec un aspirateur sous le bras, même pas dans un paquet, ben oui, je l’avoue bien volontiers, ça m’interpelle.

Parce que je ne peux pas m’empêcher de penser : « Mais qu’est-ce qu’il va en faire, de cet aspirateur, là, dans la rue ? ».


Ben oui, ne me dites pas que vous n’y avez pas pensé. J’entends déjà les impies, les provocateurs et autres malpolis de tout bord pérorer sur la question, et me sortir les explications possibles en vrac.


Evidemment, ça pourrait ête simple.

Oh, vous aimeriez le croire, que la vie est simple… Tsss… Re-cuistres….

Effectivement. Ce brave homme  pourrait avoir décidé d’aller passer l’aspirateur chez des amis. Des amis qui seraient tombés en panne d’aspirateur, et un dimanche évidemment, parce que c’est toujours le dimanche que les trucs tombent en panne (pas de problème avec Darty ! Ils se déplacent 7/7…ou alors c’est dans mes rêves aussi, ça ). Ou encore des amis pas assez fortunés pour racheter des sacs de rechange pour l’aspirateur (ils auraient mieux fait d’acheter un Dyson, tiens).

Bien. Prenons la panne. c’est plus probable.

Alors comme nos sujets étaient en panne d’aspirateur et qu’il fallait absolument qu’ils nettoient le plancher après la grosse chouille d’hier soir, ils ont appelé leur pote. Ben oui, leur pote qui habite à l’autre bout de Paris et qui a un aspirateur pourri ! Bien sûr ! C’est tellement évident…

En plus, on le connaît, Roger (appelons-le Roger pour plus de facilité dans la dramaturgie) : il est toujours prêt à dépanner ! Et puis Roger, il n’a pas de vie sociale : ça ne le dérangera donc pas de se taper une heure de transport en commun pour venir passer un coup d’aspirateur chez nous un dimanche après-midi… Il est cool, Roger…

Evidemment, on aurait pu simplement demander au voisin de palier de nous prêter son Dyson une petite vingtaine de minutes. Mais bon, on ne se serait pas tapés cette poilade à imaginer Roger dans le métro avec son aspirateur pourri callé entre deux strapontins…


Soyons raisonnables. Cette hypothèse ne tient pas la route un instant. Il n’avait même pas d’uniforme de personnel de nettoyage, ça aurait pu être une solution mais non ! Et puis s’il avait simplement amené son aspirateur personnel pour passer un petit coup dans sa boutique, par exemple, (qui se trouve ne pas se situer au même endroit que son domicile, c’est plus pratique pour l’intimité), et bien il l’aurait mis dans un sac, son aspirateur. Dans un gros sac, pour ne pas avoir l’air d’un gland dans la rue. Ou bien il se serait contenté d’aller acheter un balai au bazar du coin, je suis sûr qu’on en trouve des pas si mal que ça pour à peine deux euros, allez, je te fais un prix d’ami.


Alors oui, je suis désolé, mais un type qui se balade dans la rue avec un aspirateur même pas emballé ou empaqueté, un aspirateur déglingué qui n’a pas l’air d’avoir été en état de fonctionner depuis la première révolution industrielle, oui, il est normal que je me pose des questions. Et que je remette en cause ma propre perception de la réalité.


Voilà, on y arrive.


Ben oui. Imaginez simplement que ce type n’appartienne pas à ce monde. Qu’il soit simplement un reliquat d’une dimension parallèle, dans laquelle il serait absolument normal de sortir son vieil aspirateur dans la rue, de l’y promener et de l’appeler par un petit nom affectueux (par ma part, si je devais nommer un appareil électroménager, je choisirais Kiki : un nom qui sied autant aux chiens qu’aux aspirateurs et aux femmes).


Là, je trouve que déjà, on arrive à une situation qui a beaucoup plus de sens. Parce qu’honnêtement, ce type n’a aucune raison d’avoir cet aspirateur ici et maintenant. Soit c’est un provocateur, un dangereux anarchiste, soit il se fout carrément de ma gueule. Et quoi, qu’est-ce qu’il croyait, que je n’allais pas me poser de questions ? Mais ma parole, il se fiche vraiment de moi, ce grossier personnage. Ou alors il est fou. C’est ça. Ce type était un fou qui aurait tout aussi bien pu promener une lampe halogène dans la rue. Une brouette. Un porte-manteau. Un tabouret à motif de Mickey.


Mais je vais aller encore plus loin.


Si ça se trouve, ce mec, ça le fait marrer de faire tout ça.

Il se dit que ça va faire gamberger les gens. Que ça va les faire sortir un peu de leurs gonds, que ça va les perturber. Bien sûr, il aurait simplement pu montrer son postérieur, comme tout le monde. Mais c’est tellement vulgaire, la dépantalonnation. Et puis c’est trop commun. Tout le monde le fait, à tous les coins de rue.


Non, le mec s’est dit « je vais les surprendre ».


Le mec s’est dit « je vais sortir dans la rue avec mon aspirateur ».


Le mec a réfléchi un instant, assis sur son canapé élimé, et il s’est dit « je vais leur faire voir que la réalité n’est pas une et indivisible, comme la République, mais qu’elle est multiple et passablement aléatoire ».


Alors le mec a chopé l’aspirateur qui trainait dans le couloir et dans un élan formidable de liberté d’action, il est sorti, l’appareil sous le bras. Génial. Vraiment génial. Ce mec est un génie. Un génie moderne. Un véritable créateur tel qu’on n’en avait plus vu depuis Léonard de Vinci, un type qui révolutionne, qui brise les murs et les frontières des genres, qui bouleverse les diktats des protocoles établis…


J’en aurais presque les larmes aux yeux devant tant de beauté primitive…





Bon voilà.


Preuve est faite que je peux tenir cinq pages avec un aspirateur.


Au fait, je ne rigolais pas pour le sujet de note de blog : si vous avez une idée, faites passer. Je transmettrai à mon cerveau.


Et enfin, si vous n’avez pas l’impression de vous être totalement fait arnaquer par la vacuité de cette note et l’intitulé trompeur, je vous invite à faire connaître ce site et à le partager sur vos réseaux respectifs. Ça fait toujours plaisir.


J’espère toutefois que je n’ai mis personne de mauvaise humeur…

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3 commentaires

  • Valeska dit :

    Je crois que je t’ai contaminé avec mes histoires du travail: une fistule, c’est ce que Catherine Hamlin soigne, contrairement à une pustule que l’on trouve effectivement sur les visages de certains adolescents (petite note en passant). :P

    J’ai plus que pouffé de rire au bureau, j’en ai carrément rit aux éclats. Merci pour cette pause éclatante!

    J’essaierai d’ouvrir les yeux et de traquer les hommes-aspirateurs venus d’une dimension parallèle.

  • Al dit :

    Baxtérien : Cher Monsieur Simon, si ma lecture a été suffisamment attentive, il me semble avoir noté quelques imprécisions dans votre note… Par exemple, sur quelle ligne de métropolitain ce prétendu Roger circulait-il ? Il s’agit pourtant d’une information capitale. Peut-être que ce brave homme revenait d’un marché aux puces, où, pris d’un irrépressible sentiment nostalgique il se serait approprié le même aspirateur que sa tendre mémé possédait autrefois.
    A : Merveilleux ! Un pauvre gland a le malheur de croiser votre route, un aspirateur sous le bras, et vous voilà tous à vous esbaudir, à triturer vos méninges atrophiées dans l’espoir saugrenu d’y trouver une explication rationnelle, incapables que vous êtes de comprendre que le monde, la vie, le réel et tout ce que vous tentez de planquer derrière des concepts abscons est en fait dominé par l’absurde.
    Baxtérien : Vos interventions sont toujours un régal pour les oreilles et un baume pour l’ego
    A : Pas de quoi… Je vous laisse entre demeurés, j’ai une guiness qui m’attend dans le frigo.
    Nana Bossicaut : Pour moi, c’est simple, c’est un fétichiste qui revient d’une partouze.
    Marie-Astrid : Juste ciel !
    Baxtérien :… Ce que j’ai alors du mal à comprendre c’est quelle serait l’utilité d’un aspirateur sans goulot d’aspiration dans une partie fine. Nous voyons très bien sur l’illustration que Monsieur Simon nous a fourni que ce modèle semble en être dépourvu.
    Nana Bossicaut : Tu veux que je te fasses un dessin ?
    Marie-Astrid : Juste ciel !
    Baxtérien : Ah… Oui, en effet. Mais tout de même. Un individu dont les pratiques sexuelles seraient si… raffinées, disons, ne prendrait pas le risque s’afficher des tendances aussi subversives aux nez et à la barbe de tous, qui plus est un dimanche, le jour des déjeuners chez belle maman et des promenades familiales au jardin des plantes !
    mIGASTUMI : meuh vou aites nul ces pour la gitare !
    Baxtérien : de la Air Guitar tu penses ?
    mIGASTUMI : ces la gitare tu la prend ces et ces parti giling giling ouahhhh giling
    Baxtérien : ah oui, ça me semble en effet l’explication la plus plausible.

  • Le maître des lieux dit :

    Juste ciel, mon premier troll! :D Ceci dit, un troll comme ça, on en redemande…

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Bonjour ! Je suis un jeune auteur/scénariste de 28 ans, installé à Paris.

Après des études de cinéma, et plus particulièrement de réalisation, j’ai décidé il y a plusieurs années de poursuivre mon exploration des différentes facettes du métier de raconteur d’histoire à travers l’écriture. Depuis, je surfe sur les différents modes d’expression dramatique que sont le scénario, la pièce de théâtre mais aussi la nouvelle et le roman. Vous trouverez sur le site une sélection de quelques uns de mes écrits, ainsi que des extraits téléchargeables. Vous pourrez également consulter mes projets de scripts ou de romans en cours. N’hésitez à venir jeter un œil sur le blog, où vous pourrez suivre mes péripéties en temps (presque) réel !

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