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	<title>Le Bloug de Julien Simon, auteur-scénariste</title>
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	<description>Un site bien chouette</description>
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		<title>Quand je finalise ma transformation en NERD</title>
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		<pubDate>Wed, 19 May 2010 08:37:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le maître des lieux</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Les trucs qui passent par la tête]]></category>
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Ça a commencé subrepticement. Presque innocemment, sur un air de ne pas y trop toucher, à la limite du réflexe primaire, un truc que l’on ne peut pas réguler. Vous savez, comme quand le médecin vous tape sur le genou avec son petit marteau. Un truc qu’on ne contrôle pas, quoi.

L’autre jour, dans le métro.
Je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Ça a commencé subrepticement. Presque innocemment, sur un air de ne pas y trop toucher, à la limite du réflexe primaire, un truc que l’on ne peut pas réguler. Vous savez, comme quand le médecin vous tape sur le genou avec son petit marteau. Un truc qu’on ne contrôle pas, quoi.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>L’autre jour, dans le métro.</p>
<p>Je descends sur le quai de la ligne 7, direction le boulot pour une nouvelle journée de folie créative et de rencontres exceptionnelles, et mon regard est légèrement attiré vers une affiche collée sur le mur. C’est une publicité, comme celles qui vantent les mérites des pièces de théâtre un peu ringardes, du genre de la centième représentation du célèbre « <em>Mon concierge vote à gauche !</em>» ou encore « <em>Où est passée la crémière, que je lui batte le beurre ? </em>».  Mais là, point de gaudriole. C’est une affiche sobre, en noir et blanc et à la typographie très classique, qui chatouille mon champ de vision, juste à sa périphérie.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et je lis « Aragorn » !</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Quoi ? Depuis quand le roi du Gondor fait-il des spectacles à Paris?</p>
<p>Interloqué, je pivote la tête pour mieux lire. Mais non, pas du tout ! C’est un spectacle mettant en scène des textes d’ARAGON. Aaaaah… Mais à une lettre près, ça faisait Aragorn. C’est moins marrant, là….</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>(Petite note à l’usage des néophytes : Aragorn est l’un des personnes principaux du livre de Tolkien « Le Seigneur des Anneaux ». Pour préciser, disons également qu’il était interprété par Viggo Mortensen dans l’adaptation de Peter Jackson. Voilà qui parle sans doute davantage aux filles, vooooilà, vous situez ? )</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Cette anecdote n’aurait sans doute aucun intérêt – oui, cher lecteur, je vois où tu veux en venir – si je ne m’étais pas rendu compte que quelque chose clochait. En effet, un événement similaire m’avait quelques jours plus tôt mis la puce à l’oreille. Me rendant avec ma chère et tendre au domicile d’un couple d’amis, nous étions passés devant un café. Le genre de café qui n’attire pas les regards, un bistrot type PMU, quoi. Et même problème, je lis quelque chose à la périphérie de mon champ de vision.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>« CAPRICA Café »</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>What the frak?! Des fans de Battlestar Galactica ont ouvert un café dans le 14<sup>ème</sup> arrondissement et on ne m’avait pas prévenu? Faites chauffer les Vipers (et mettez la bière au frigo), on arrive ! Encore une fois, je tourne la tête. Cruelle désillusion. Mon Caprica Café, vecteur de tous mes rêves science-fictionnesques les plus fous, avait cédé la place à un bien prosaïque « Caprice Café ».</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>(Petite note à l’usage des néophytes (bis) : Battlestar Galactica est une des meilleures séries jamais tournées, qui nous propose de suivre le destin des survivants en fuite de la grande bataille qui a opposé les Cylons (robots créés par l’homme), et la race humaine. Les humains ont depuis longtemps oublié la Terre, et vivent en colonies respectives sur douze planètes dont l’une est baptisée Caprica. Voilà, n’y revenez pas. )</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>N’empêche qu’il y a un problème. Mon cerveau ne m’obéit clairement plus. Et ça continue. Pas plus tard qu’avant-hier, marchant lentement le long du trottoir, les yeux baissés vers le sol car le ciel, cruel espace, n’accueille plus aucun espoir, l’écharpe au vent mauvais, frappé par les embruns des vagues (oui, j’en rajoute un peu), je tombe sur une plaque d’égout. Incroyable, non ? Et attendez la suite. Pas tant que la plaque ait eu une forme spéciale, car c’est plutôt le motif SUR la plaque qui m’a interpellé : une croix parfaite, assez épaisse, en forme de gros signe « plus »… qui m’a immédiatement fait penser à une manette de Nintendo NES.</p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2010/05/28205-manette-nintendo-nes.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-288" title="28205-manette-nintendo-nes" src="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2010/05/28205-manette-nintendo-nes-300x250.jpg" alt="28205-manette-nintendo-nes" width="300" height="250" /></a></p>
<p>Bon alors là, pause. Ça ne va plus du tout, il va falloir qu’on parle.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Je suis en train de me transformer en Nerd.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Nerd">http://fr.wikipedia.org/wiki/Nerd</a></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Comment cela s’est-il produit ? Quelle suite d’évènements, apparemment sans lien de cause à effet, m’a conduit à confondre l’un des plus grands poètes de la langue française et l’un des plus grands rois de la Terre du Milieu ? Quel curieux phénomène psychosocial, quelle connexion neuronale défaillante, m’a forcé à imaginer qu’une succursale extra-terrestre avait ouvert dans le 14<sup>ème</sup> arrondissement ? Et quel fléau social moderne m’a amené à confondre une manette de console et une plaque d’égout ? La bonne question que voilà !  J’ai pourtant lutté. Toute ma vie, j’ai combattu mes penchants. Mais je ne peux plus me cacher. Je dois faire mon coming-out. Sous ces dehors de mec vachement cool et plutôt avenant (worship me !), je ne suis qu’un sale Nerd.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Evidemment, je ne pars pas de très loin. J’ai toujours eu une console à la maison, en tout cas depuis que je suis en âge de jouer. Mes parents possédaient même cet appareil formidable qui permettait de jouer au tennis avec deux bâtons se déplaçant verticalement, séparés par une ligne centrale en guise de filet et un carré pour balle. Des parties de folie, pendant des heures (pas trop longtemps quand même, attention à l’épilepsie), autant dire que ma sœur et moi, nous sommes nés avec une console dans les mains.  Dans le cas des jeux vidéos, je peux sans crainte incriminer mes chers parents qui, sous couvert de nous faire plaisir, se sont autant acharnés que nous sur les manettes Nintendo. L‘argument massue « demain il y a école » est d’autant plus relativisé par un enfant de huit ans lorsque dix minutes après qu’il ait rejoint les doux draps de coton du lit, qu’il ait éteint la lumière et attendu le marchand de sable, il ait été interrompu dans ses tentatives d’endormissement par les cris de joie de sa mère qui a ENFIN trouvé le marteau dans les Montagnes de la Mort (cf Zelda II).  Nintendo, c’est un peu une histoire de famille (même si les parents viennent de récupérer une X-BOX grâce à ma sœur, ce qui ne les fait pas passer pour des traîtres à la cause Nintendo pour autant puisque j’ai moi-même craqué pour une PS3 après avoir revendu la Wii, honte sur moi).</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Donc question jeux vidéo, ok. Même si je n’arrive jamais à terminer un jeu, je suis quand même un peu nerd de ce côté-là. Mais s’il n’y avait que ça !</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>D’accord, j’aime la littérature fantastique. Mes auteurs de prédilection flirtent souvent avec les univers tordus et imaginaires, comme Lovecraft par exemple, que je vénère au point d’avoir entamé il y a déjà plusieurs années une collection de ses ouvrages. Ma pièce maitresse est d’ailleurs une véritable première édition du magazine Astounding Stories contenant les Montagnes Hallucinées, ça vous épate, hein ? Je ne le sors jamais du plastique car ce genre de magazine étant à la base imprimé sur un papier pourri (d’où l’appellation de <em>pulp</em> magazine, du nom du papier pourrave utilisé), il s’effrite à vue d’œil. C’est bête, parce qu’il m’a coûté cher. Quand j’aurai de l’argent, j’achèterai un coffre climatisé mais en attendant, je le vénère de loin. Toujours est-il que mes domaines de prédilection en matière de la littérature vont toujours du côté du bizarre. Même dans les classiques, je veux dire : je préfère Henri Michaux à Mallarmé. Je préfère Lautréamont à Balzac. Hugo à Zola. Evidemment, je m’achète une conscience littéraire de temps en temps : j’adore Céline, c’est un auteur qui me retourne les tripes… mais lorsque vient la nuit, lorsque plus personne ne regarde, je me plonge dans un petit Jasper Fforde qui fait toujours du bien.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Evidemment, j’ai essayé de résister. Vous pensez bien !</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>A chaque fois que je passe à côté d’une boutique de fringues spécialisée, ou d’une échoppe de bandes dessinées, mes yeux dérapent sur les tee-shirts StarWars, bien sûr. C’est humain. Mais je sais me tenir : je continue ma route, et prends le chemin du premier Gap venu pour m’acheter un tee-shirt regular et un pantalon straight, le tout uni, sans motif, éventuellement des rayures, le plus basique possible… Il ne faut pas sombrer dans l’excès ! Mais je l’avoue, j’ai craqué l’autre jour : Uniqlo propose depuis quelques semaines des tee-shirts à motifs mangas, et je n’ai pas su résister…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Prisonnier du nerdisme, moi ? Non. Le nerdisme n’est pas une fatalité. Ce n’est même pas une maladie, c’est juste… un certain penchant qui est pour l’instant stigmatisé par les médias, mais qui sera bientôt reconnu à sa juste valeur. En fait, c’est un syndrome. Quelque chose d’enfoui, plus ou moins profondément, et qui ressurgit à intervalles réguliers.  Ça ne m’empêche pas de lire le dernier Michel Onfray ou de militer dans un parti. Mais c’est un coin douillet où il fait bon se blottir.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Mais ne vous en faites pas, les crises sont espacées. La plupart du temps, je suis sociable et je… quoi ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Mais qu’est-ce qui m’arrive ?!</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Je sens une crise monter ! Noooon !</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>J’ai envie de jouer à God of War, d’écouter de la musique en streaming, de poker des gens sur Facebook ! J’ai envie de lire un space opéra, d’aller manger japonais, de dire « KAWAIIIIIII ! ». Aaaaaaaaaaaaahhhhhh !</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Silence.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Rhaaaaaaaa ! (bis, fin de la crise, reprise de soi, dégonflage des veines du visage après transformation en bête geek à deux têtes)</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Nous sommes des milliers. Des millions.</p>
<p>Vous ne nous échapperez pas…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Bientôt, vous serez comme nous.</p>
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		<title>Vers un vote obligatoire? (article publié sur AgoraVox)</title>
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		<pubDate>Wed, 12 May 2010 08:48:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le maître des lieux</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pour lire l&#8217;article sur le site d&#8217;AgoraVox, cliquez ici: Vers un vote obligatoire?

A l’heure où le taux d’abstention crève tous les plafonds, un bref rappel des faits en quelques chiffres. En septembre 2000, le référendum qui interrogeait les français sur l’adoption d’un quinquennat présidentiel atteignait un taux record d’abstention : 69,8% des électeurs ne s’étaient pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour lire l&#8217;article sur le site d&#8217;AgoraVox, cliquez ici: <a href="http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/vers-un-vote-obligatoire-74836" target="_blank">Vers un vote obligatoire?</a></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>A l’heure où le taux d’abstention crève tous les plafonds, un bref rappel des faits en quelques chiffres. En septembre 2000, le référendum qui interrogeait les français sur l’adoption d’un quinquennat présidentiel atteignait un taux record d’abstention : 69,8% des électeurs ne s’étaient pas déplacés. Elections européennes de 2004 : taux d’abstention de 57,2%. Et la liste continue : 40% pour les législatives 2007, 30,6% pour le traité constitutionnel européen, 34% pour les municipales 2008. Mais il faut bien une exception qui confirme la règle. Lors des présidentielles de 2007 qui avaient vues la victoire de Nicolas Sarkozy, le taux d’abstention avait été mesuré à seulement… 16% des inscrits. On peut donc en déduire que les français, lorsqu’ils se sentent impliqués, sont en mesure de se déplacer : ce n’est donc pas une question de handicap physique qui empêcherait les inscrits de sortir de chez eux, ou de rétention par la police de la morale ; ou de crise sanitaire majeure déclenchant une vague d’allergie chronique chaque dimanche d’élection, ou encore d’une mauvaise signalisation des bureaux de votes. Nous sommes donc rassurés : les français savent voter.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Mais pourquoi ne se déplacent-ils que lorsqu’il s’agit de désigner le nouveau président de la République ? Vague résurgence d’un esprit monarchiste qui incite les sujets à choisir leur nouveau roi, peut-être, mais sans doute plutôt une véritable envie de s’impliquer dans la politique directe : celle qui influence directement les orientations d’un pays pour les cinq années à venir. Les français, quand il ne fait pas trop beau dehors et que le lundi n’est pas férié, trouvent le chemin des urnes. Ils connaissent le chemin.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>En France, le vote n’est pas une obligation. Il est un devoir de citoyen, une sorte de sollicitation morale de participation à la vie du pays. Toute l’idéologie du vote est induite dans son expression propre : le « droit de vote ». Nous avons le droit de voter, en ce sens que nous avons le droit de sortir de chez nous, de nous inscrire sur les listes et d’aller déposer le papier sacré dans l’urne transparente. Nous avons le droit de refuser en soupirant lorsque le préposé à la manette nous demande si nous souhaitons aider pour le dépouillement des bulletins le soir venu, et nous avons le droit de prétexter une voiture mal garée ou une grand-mère malade pour échapper à la corvée (si, si, nous l’avons tous fait au moins une fois). Nous avons le droit de voter. Nous avons donc, a contrario, le droit de ne pas le faire. Nous ne sommes pas contraints. Expression d’une liberté ultime, celle de choisir de ne pas s’impliquer, d’être simple spectateur ? Ou faiblesse d’une démocratie en perte de vitesse dirigée par des politiciens de métier, effrayés à l’idée de provoquer la colère des électeurs en instituant des obligations morales, voire légales?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Car si en France le vote est un droit, il est obligatoire dans certains états.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>En Belgique, le vote est obligatoire depuis 1894. A l’origine de cette disposition, un constat simple : les patrons pouvaient contraindre leurs employés à travailler les jours de scrutin, et donc créer un rapport de force inégal lors des élections. Une victoire pour la lutte des classes ! Le gouvernement proposa donc le vote obligatoire pour tous les citoyens belges. Ainsi, l’article 62 de la constitution belge indique : « Le vote est obligatoire et secret ». Simple, sobre, discret et efficace. Les amendes en cas de défection s’élèvent à environ 40 euros. Récidivez, et l’addition grimpe à 125 euros. Et si, dans le pire des cas, vous vous abstenez de voter quatre fois en quinze ans, vous êtes rayé des listes électorales pour dix ans. Inutile de préciser que lorsque vous travaillez de près ou de loin pour un service public, vous pouvez clairement oublier toute velléité de promotion pendant ces dix années en question.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Alors, la Belgique, pays autocratique ? Le problème, c’est que la Belgique n’est pas un cas isolé. Le Brésil dispose de lois à peu près similaires, tout comme la Grèce, la Bolivie, l’Australie et le Luxembourg. Le montant des amendes varie d’un état à l’autre, ainsi que les sanctions administratives et fiscales. Le Luxembourg offre presque un cas d’école. Toute personne ayant atteint l’âge de 18 ans est inscrit d’office sur les listes électorales. Seuls les citoyens âgés de plus de 70 ans sont dispensés de justificatifs s’ils veulent voter par correspondance. Toutes les personnes inscrites sur les listes sont tenues de voter d’une manière ou d’une autre, procuration ou pas. L’amende en cas de non-présentation au bureau de vote s’élève à 250 euros pour une première absence non-justifiée, jusqu’à 1000 euros en cas de récidive dans les cinq années suivantes. L’Italie, quant à elle, a aboli l’obligation de vote en 1993. Le vote reste néanmoins très ancré dans les mentalités, même si le taux d’abstention a régulièrement augmenté depuis. Les italiens le considèrent encore comme une obligation civile et éthique. Quant à l’Australie, elle a divisé son taux d’abstention par cinq depuis 1923, grâce à des mesures incitatives et répressives.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Le vote obligatoire est presque une philosophie, celle de la « fonction électorale »: selon cette idée, le droit de vote n’est pas seulement un droit, possiblement non exerçable, mais une véritable responsabilité que la nation confie au citoyen. En ce sens, cette mesure a une dimension positive, voire carrément optimiste. Car nous avons tous assisté à ces discussions. Elles ont lieu au café, en salle de pause, à l’arrêt du bus. « Tous pourris, tous corrompus »  semble être devenu le nouveau jeu à la mode: une véritable défection pour la politique dans le cœur des citoyens français ? Ou plus simplement une volonté de ne pas s’impliquer dans un processus électoral. Car en rejetant la faute sur ceux qui ont fait l’effort d’aller voter, on se dédouane de sa responsabilité première, celle de ne pas avoir été voter pour exprimer une voix différente. J’ai plusieurs fois été confronté à des gens qui dénigraient la politique du gouvernement actuel. Je n’aurais pas pu les contredire puisque j’étais fermement opposé à Nicolas Sarkozy à l’époque, et que je le suis toujours. Et bien parmi ces personnes fatigués, harassées par la politique actuelle qu’ils estimaient liberticide, vouée à éreinter les couches populaires, certains n’avaient même pas voté. Je ne parle même pas de ceux qui avaient voté Sarkozy à l’époque et qui ont voté à gauche aux dernières régionales, perpétuant la non moins traditionnelle alternance stérile qui pousse les français à passer systématiquement d’un côté à l’autre, et qui pourrait faire l’objet d’un autre article. Comment peut-on prétendre à critiquer la politique si l’on n’exprime pas son avis ? Comment peut-on seulement parler de politique ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Evidemment, il y a un hic : sinon, les choses seraient trop faciles. En France, le vote dit blanc n’est plus comptabilisé dans les décomptes. C’est une chose très grave, puisqu’elle prive les citoyens qui ont envie d’exprimer leur mécontentement de le faire. En Islande et en Suède, ce vote de contestation est pris en compte, ainsi qu’en Uruguay et en Colombie. Cela est donc possible. Mieux que n’importe quel sondage, le comptage des votes blancs est un baromètre très précis du taux de mécontentement d’une population. Il permet d’identifier la proportion de citoyens ne se retrouvant pas dans les propositions des partis, et indique une direction à suivre. C’est une piste qu’il ne faut pas négliger. En janvier 2003, l’Assemblée nationale française avait adopté en première lecture un texte visant à reconnaître le vote blanc aux élections. Mais ce texte n’avait pas été examiné par le Sénat en seconde lecture, ce qui l’avait conduit directement aux oubliettes. La prise en compte du vote blanc ne constituerait pas forcément une panacée, mais elle serait une réponse à une partie de la désaffection des inscrits. Quant à l’autre partie, celle qui ne vote pas par manque d’intérêt, par fainéantise ou même par bête opposition à un système auquel elle appartient pourtant, les marges de solutions sont  plus étroites.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>L’institution du vote obligatoire nécessiterait une véritable révolution dans les mentalités. Peut-on réellement parler de démocratie participative lorsque la moitié d’un peuple ne se déplace même pas pour s’exprimer ? Si l’on ajoute à cette moitié les personnes qui ne sont pas en âge de voter, et le pourcentage d’étrangers résidant en France (et qui ont pourtant tout à dire à propos de la politique intérieure, la subissant chaque jour), on atteindrait, si on faisait l’effort d’imagination de le comptabiliser, des chiffres de non-votants, et donc de non-représentés, astronomiques. Evidemment, l’institution du vote obligatoire exigerait la condition <em>sine qua none </em> de la reconnaissance du vote blanc. On pourrait même, dans le cas d’un certain taux de suffrages blancs, imaginer des mesures restrictives ou contraignantes pour l’administration en place. Nous souffrons d’un manque d’investissement dans la sphère publique. Nous souffrons d’individualisme chronique. Et par-dessus tout, nous souffrons de nos propres contradictions.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Bien sûr, il est hors de question de penser que cette solution contraignante est la seule qui permette de remettre sur les rails le train de la démocratie participative. Mais quitte à  peut-être les contraindre, il faut ré-intéresser les français à la politique. Sans quoi la démocratie est une voie d’impasse vouée à l’essoufflement puis, <em>in fine</em>, à la disparition.</p>
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		<title>Un article publié sur AgoraVox&#8230;</title>
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		<pubDate>Sat, 08 May 2010 20:24:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le maître des lieux</dc:creator>
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		<category><![CDATA[L'écriture: la vie, la vraie (le boulot, quoi).]]></category>
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		<description><![CDATA[Rien de marrant dans ce texte, je commence une série d&#8217;articles plus sérieux, politiques ou philosophiques. Ne t&#8217;en fais pas, lecteur, ce n&#8217;est pas pour cela que je vais arrêter de publier de la gaudriole. Pour lire l&#8217;article directement sur AgoraVox, avec la mise en page, les photos et les commentaires de gens bizarres: lien

 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Rien de marrant dans ce texte, je commence une série d&#8217;articles plus sérieux, politiques ou philosophiques. Ne t&#8217;en fais pas, lecteur, ce n&#8217;est pas pour cela que je vais arrêter de publier de la gaudriole. Pour lire l&#8217;article directement sur AgoraVox, avec la mise en page, les photos et les commentaires de gens bizarres: <a href="http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/comite-invisible-l-insurrection-74586" target="_blank">lien</a></em></p>
<p><em><br />
 </em></p>
<p><em>Sinon, pour les fainéants, voilà le texte seul&#8230; ^^<br />
 </em></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>COMITE INVISIBLE : L’INSURRECTION QUI REVIENT ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Il y a quelques jours sortait en librairie le nouveau livre signé par le Comité Invisible. « Gouverner par le Chaos », aux éditions Max Milo, fait donc suite au désormais célèbre « L’insurrection qui vient » (Ed° La Fabrique) sorti en 2008 et considéré par les libraires comme un véritable succès d’édition. On prend les mêmes et on recommence ? Pas si sûr.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>D’abord, un petit point d’histoire : le Comité Invisible, c’est quoi ? Et bien c’est avant tout un mystère pour le moins nébuleux. Mais il y a des indices. Lorsque l’on parle du Comité, un nom revient : celui de Julien Coupat, un idéaliste forcené. Pourtant, lorsque à l’automne 2008 la police anti-terroriste fait une descente dans le petit village de Tarnac, c’est pour aller chercher Coupat et ses amis qui se sont installés en communauté dans une ferme. Ces jeunes gens sympathiques qui ont repris la petite épicerie du village, ces gauchistes échevelés qui disent bonjour aux vieilles dames, sont accusés  d’avoir perpétré des sabotages visant les caténaires des lignes SNCF dans plusieurs régions. Mis en examen avec huit autres camarades, Coupat et ses supposés acolytes du Comité Invisible sont finalement remis en liberté, faute de preuves. Mais malgré un dossier d’instruction vide, Coupat restera sept mois en détention, démontrant l’étendue de l’immense paranoïa à laquelle le gouvernement de l’époque, Michelle Alliot-Marie en tête, succombe lorsqu’il évoque les mouvances d’extrême-gauche anti-Sarkozy. Au fond, ce ne sont pas les sabotages qui sont véritablement en cause : le cœur du problème est ailleurs. Il tient dans un petit livre vert publié en 2007 aux éditions de la Fabrique (une maison d’édition très engagée à gauche et menée de main de maître par Eric Hazan, dont le domicile sera d’ailleurs perquisitionné dans le cadre de l’enquête, créant la stupeur dans le monde des médias et de l’édition). Un véritable manuel pratique de révolution. C’est « L’insurrection qui vient », futur succès de librairie qui reste en tête des ventes d’essais des semaines durant, bénéficiant de la publicité véhiculée par l’affaire.</p>
<p>Le livre, pourtant gentiment insurrectionnel, semble être vécu comme une menace par les élites. Il prône la déconstruction des structures existantes,  un repli sur les communautés et une organisation à taille humaine pour un monde meilleur. Afin d’y parvenir, un seul moyen selon eux : la désobéissance ou, comme le prônait Foucault, la technique de la table rase. Il faut tout repenser. Le Comité Invisible, entité indéfinie et anonyme, propose une voie possible. S’il n’y avait cet appel, coincé entre deux chapitres, à en venir à la destruction des biens communs en cas d’urgence civique, le livre serait sans doute passé inaperçu. Mais voilà, pris dans la tourmente médiatique et judiciaire, « L’insurrection… » et ses idées se multiplient comme des petits pains. On rêve un instant au bouleversement des esprits. Mais le temps passe, la crise économique ratiboise les envies de bouger et instaure le marasme. Les esprits échauffés se tiédissent, avant de se refroidir totalement. En somme, le moment est venu de remettre un coup de pied dans la fourmilière.</p>
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<p>Aujourd’hui donc, avec la sortie du second livre du Comité, il est temps de faire un point sur l’avancée du combat de l’organisation. Très actif sur le net (leurs textes sont en téléchargement libre un peu partout sur la toile),  le Comité se fait rare dans les médias traditionnels. D’abord pour une bonne et simple raison : l’anonymat derrière lequel le collectif d’auteurs voile son identité, et dont on peut légitimement s’interroger sur l’utilité. Il y a trois ans, et avec tout le ramdam judiciaire, on pouvait le comprendre. Mais aujourd’hui ? S’agit-il d’un véritable impératif ou d’une simple question de pose, ou pire, de marketing ?</p>
<p>Car en effet, et même si à ce sujet les opinions divergent (j’entends déjà les commentaires), la France est loin d’être une dictature policière. Malgré la montée en flèche des chiffres de gardes à vue ¾ les policiers sont sans nul doute beaucoup plus chatouilleux depuis l’accession de Sarkozy à la présidence ¾ nous vivons encore dans un pays où la liberté d’expression est un des fers de lance de la République. Une notion fourre-tout, certes, mais au combien utile lorsqu’il s’agit d’écrire un livre ou une chronique (Stéphane Guillon pourrait en témoigner).  Chacun peut, en théorie sans crainte de voir débarquer chez lui une meute enragée de gardiens de l’ordre, signer un ouvrage en son nom propre, quoi qu’il contienne. Evidemment, cela n’empêchera pas les procès… On pourra toujours attaquer pour diffamation, pour négationnisme, pour appel au meurtre: ces délits sont régis par la loi. Mais dans le cas du présent ouvrage, qui n’est ni pousse-au-crime, ni vaguement brûlant, la question se pose.</p>
<p>Car une véritable signature aurait eu un double effet : dissuader les tentatives d’enquêtes judiciaires anti-terroristes d’abord, et créer une publicité sans précédent à l’ouvrage. L’anonymat, quelle que soit l’opinion de chacun à son sujet, demeure suspect dans l’esprit des foules. Bien sûr, en période de crise intense, il va sans dire que l’anonymat est de rigueur : en 1941, mieux valait agir pour les résistants sous le couvert de l’anonymat. Mais dans la France de 2010, la menace semble légèrement surévaluée, donnant un pouvoir supplémentaire ¾ un pouvoir d’influence, un ascendant psychologique ¾ à l’ennemi tant redouté par le Comité. Vichy est pourtant loin derrière nous. D’autant que le contenu de l’ouvrage n’est pas aussi brûlant que voudrait bien nous faire croire une couverture grotesque à la typographie cartoonesque. On a du mal à retrouver la verve incendiaire qui avait fait trembler le ministère de l’Intérieur il y a deux ans.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>« Gouverner par le Chaos » se veut comme un simple prolongement de la pensée développée dans le précédent opuscule. On s’enfonce dans la paranoïa, quelquefois justifiée, du citoyen contrôlé, du citoyen réduit à sa simple capacité de machine non pensante et productrice de biens ou de services monnayables. Si « L’insurrection qui vient », parcourait sept cercles de réflexion théoriques, philosophiques et novateurs ¾ référence au mythique Enfer de Dante ¾ « Gouverner par le chaos » ressemble davantage à une liste exhaustive et plutôt linéaire des différentes façons de manipuler les masses :  un étalage psycho-sociologique développé mille fois par d’autres auteurs, comme Gustave Le Bon et Christian Salmon (cités dans le texte) et sans doute sous des angles plus intéressants. Bien entendu, les rares personnes à n’avoir pas encore entendu parler de psychologie des foules et de <em>storytelling</em> y trouveront leur compte, tant le livre se veut être une introduction en la matière.</p>
<p>Mais c’est bien là que le bât blesse : pour une suite, on attendait davantage qu’une simple introduction aux techniques modernes de manipulation. On espérait un développement du frisson que nous avait procuré le dernier chapitre de « L’insurrection… », dans lequel le Comité laissait libre cours à son imagination politique. Ah, la remise à zéro des compteurs… Même naïve, la vision était rafraichissante, voire novatrice. Que l’on soit pour ou contre la méthode, il y avait alors matière à réflexion.</p>
<p>Mais l’anonymat n’est pas une solution à long terme. Tôt ou tard, les masques doivent tomber. Les combattants doivent se dévoiler, non pas pour plier sous les coups de la justice des hommes, mais pour entrer dans l’immortalité et focaliser les attentions.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Car nous vivons une époque de médias. Et cette époque a besoin de héros auxquels s’identifier. Ce n’est pas une nouveauté. C’est même l’une des bases du <em>storytelling</em>, technique d’adhésion des masses décrite dans « Gouverner par le Chaos ». Le Comité Invisible fait pourtant clairement comprendre qu’il faut utiliser les méthodes de l’ennemi pour les retourner ensuite contre lui. Mais la pusillanimité véhiculée par l’anonymat (puisqu’on ne peut définitivement pas parler de danger à publier ce livre) dessert gravement le propos. Comme s’il existait chez les auteurs du livre une volonté de ne pas s’impliquer totalement. De se garder une porte de sortie, un échappatoire.  Ce n’est pas comme cela qu’on organise un sursaut. Les lecteurs ont besoin de héros. De héros visibles, connus de tous, médiatisés et facilement joignables. Les super-héros masqués ne changent le monde que dans les bandes dessinées.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Si l’on rajoute à cela l’inanité du propos, le manque total de proposition, de souffle épique et d’idéalisme (un luxe portant facilement abordable à celui qui signe anonymement), on se retrouve avec un produit final aux antipodes du précédent opus. Une simple liste, édifiante certes, mais une liste tout de même. Dorénavant publié chez Max Milo (une maison engagée socialement à gauche mais distribuée/diffusée par l’un des plus grands groupes d’édition international, à savoir Editis ), on se demande pourquoi le Comité Invisible n’a pas souhaité poursuivre sa collaboration avec Eric Hazan et ses éditions de la Fabrique qui, pour le coup, donnent dans l’alternatif. Citées en exemple par André Schiffrin (« L’édition sans éditeur »), les éditions de la Fabrique se sont bâties au fil des mois une réputation brillante d’engagement intelligent et responsable, marquée à gauche et à peu près dégagée des contraintes de rentabilité imposées par les grands groupes d’édition. Autant dire qu’il n’y avait pas de meilleur candidat. Mais peut-être que le Comité Invisible s’est tout simplement ramolli? Au point de franchir le fossé qui sépare la volonté d’étendre son message, de le porter aux nues et de le diffuser au maximum de lecteurs, du marketing publicitaire ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Il n’y a plus guère que le public du 13 heures de TF1 que ce livre fera trembler. En attendant, on peut toujours relire « L’insurrection qui vient ». En attendant quoi ? Qu’elle revienne pour de bon!</p>
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		<title>Quand les BB Brunes investissent le Gibus</title>
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		<pubDate>Wed, 05 May 2010 22:04:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le maître des lieux</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Philippe Manoeuvre]]></category>
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		<description><![CDATA[Bonjour tout le monde! Un moment que je n&#8217;avais rien posté, à la fois par manque d&#8217;envie, de motivation et d&#8217;inspiration. Mais promis, ça repart. Pour nous remettre en jambes après cet intermède, je vous propose un post écrit il y a quelques semaines déjà, suite à un concert au Gibus où mon ami Francis [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Bonjour tout le monde! Un moment que je n&#8217;avais rien posté, à la fois par manque d&#8217;envie, de motivation et d&#8217;inspiration. Mais promis, ça repart. Pour nous remettre en jambes après cet intermède, je vous propose un post écrit il y a quelques semaines déjà, suite à un concert au Gibus où mon ami Francis m&#8217;avait gentiment invité. J&#8217;avais pris des notes toute la soirée mais je n&#8217;avais pas encore &laquo;&nbsp;concrétisé&nbsp;&raquo; le papier. Mais c&#8217;est enfin fait. Donc c&#8217;est un peu folklorique, ça parle de neige et de froid, l&#8217;action se passe en novembre, mais bon&#8230; Vous êtes cool, je le sais. Vous ne m&#8217;en tiendrez pas rigueur. Enjoy!! </em></p>
<p><em><br />
 </em></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Pour accéder à la salle, il faut montrer patte blanche.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>On nous demande sur quelle liste nous sommes inscrits. Le journaliste qui m’accompagne, par ailleurs ami de longue date, épelle son nom deux fois avant que l’hôtesse d’accueil nous invite à faire comme chez nous.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Au Gibus, c’est un peu comme en Enfer : on commence par descendre les escaliers avant de se retrouver dans la fournaise blafarde d’une salle étriquée. Tuyauteries apparentes comme autant de veines qui strient le plafond couleur de cendre, c’est en suivant les écrans accrochés tous les cinq mètres aux murs qu’on accède au cœur de la caverne. Ce soir, les BB Brunes sont de show-case. Grand bien leur en a pris, d’autant que le dernier album est plutôt sur une bonne pente, c’est le moment de faire plaisir aux fans. Le mot est vite passé, on s’est refilé le plan en quatrième vitesse. La radio a relayé l’affaire, j’imagine qu’elle a fait gagner des places à qui voulait. Maintenant, j’emboîte le pas de mon ami, qui claque des bises au passage au gratin du tout Paris musical. J’en profite pour jeter un œil alentour.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>S’il est une chose dont il ne faut plus douter, c’est bien que le rock est avant toute chose une affaire de look. A chaque période ses travers, à chaque décennie ses gimmicks : le jean slim et la bottine cirée remplacent ce soir la tenue hip-hop en vigueur ici depuis quelques années. Le brushing impeccable, le public s’avance doucement vers la scène, sans se presser. Glorifions la taille 38, mes amis, et serrons nos ceintures encore d’un cran. De toute façon, le groupe aura sans doute un peu de retard, alors rien ne presse. D’autant que la frénésie n’est pas spécialement palpable : comme toujours dans ce genre de show-case, l’audience est majoritairement composée d’invités de dernière minute, et les fans hardcore ne seront sans doute pas légion. Quelques pères de famille restés en retrait  jettent un coup d’œil inquiet à la progéniture qu’ils accompagnent. La honte, papa, tu vas quand même pas venir dans la fosse avec moi, non plus. A côté de moi, un blondinet qui m’arrive aux épaules s’enfile un soda dans un verre à whisky. En attendant que l’ambiance monte, nous nous lançons à notre tour  à l’abordage du bar.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Parce qu’on estime le degré de <em>rockitude</em> d’un endroit à la carte des bières qu’il propose, nous regardons la serveuse droit dans les yeux, du genre « on connaît la musique », avant de lui poser la question fatidique, celle qui fâche. La question qui peut renverser la vapeur et foutre une soirée en l’air comme pas deux. Alors quoi, qu’est-ce qu’il y a comme bières, dans ton radasse pourri ?  Elle, sympa, nous décoche un sourire avant de réciter la liste des boissons, telle une litanie depuis longtemps intériorisée, animal automatique. Nous la laissons finir avant de demander depuis quand est-ce que la Smirnoff est une bière. Elle rigole. Cette remarque, on a dû lui faire des centaines, des milliers de fois, et elle rigole toujours, sourire un peu gêné. On a du whisky, sinon, mais pas du très bon, qu’elle dit. Bien. Les choix se restreignent. Alors il reste le vin, la dernière des boissons rock, même si l’aficionado civilisé ne crachera jamais sur un martini bien servi à l’occasion. Il va neiger ce soir, il faut ramener les véhicules à bon port alors pas d’excès : un verre suffira. On ne peut pas se la jouer rock tout le temps.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Le concert tarde à commencer. Installés dans le carré V.I.P. ce soir ouvert à tous, nous nous râpons la gorge contre l’âpreté du vin. On se croirait dans une <em>backroom</em>, les néons blafards nous font plisser les yeux et renvoient des reflets cadavériques sur nos visages. Un peu plus loin, à côté de la scène, un gigantesque boule à facettes répand sur les murs alentour une myriade d’étincelles éclatées, lentement tourbillonnant le long des plâtres abimés. Les écrans diffusent quelques clips, des extraits de concerts du groupe. On ne peut pas dire qu’il fasse clair, mais ça n’empêche pas certains de scotcher avec leurs lunettes noires sur le nez. On vous l’a dit, c’est une affaire de style. Peu importe l’inconfort, du moment qu’on a le look.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Vous n’avez encore rien compris ou quoi ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et puis là, quelques cris épars, une clameur monte. Le public s’avance doucement vers la scène. Le groupe est arrivé, mais la moitié de la salle reste accoudée au bar. C’est le problème avec les soirées sur invitation : on ne donne pas les invitations aux personnes qui auraient vraiment voulu y être, seulement à celles qui ont les bons tickets pour passer une soirée au chaud. D’autant que les BB Brunes, c’est un peu une cible facile : s’amuser les dégommer, c’est un peu devenu un sport national du côté du journalisme musical. Pas d’a priori de mon côté : je ne suis pas fan du bazar mais je fais couler, parce qu’il faut toujours laisser aux gens une chance de vous séduire. Nous nous levons et rejoignons la célébration.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Le Gibus est une salle mythique du rock’n roll. A ce titre, elle a accueilli les plus grands, des Sex Pistols à James Brown en passant par Iggy Pop. De par la proximité immédiate qu’elle dégage entre l’artiste et son public, on se plait à regretter de ne pas avoir pu assister ici à un concert des Toy Dolls. Ce soir, il faudra faire avec.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Adrien Gallo s’approche du micro. Chapeau mou piqué à Pete Doherty vissé sur la tête, il salue la plèbe avant d’essayer de la chauffer. Peine perdue. A part quelques égarés, le public en a vu d’autres. Et comme Saint Thomas,  il veut voir avant de croire. Enchaîner sur le premier morceau, voilà qui semble une bonne idée. On voit passer une gamine avec un casque antibruit sur les oreilles, genre chantier de construction en plus mignon : elle s’enfonce dans la foule avant de disparaître. Maintenant que tout le monde est là, et si ça ne fait rien à personne, on va pouvoir commencer.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Les guitares claquent, le son est nerveux malgré quelques problèmes de micro qui rendent la voix du chanteur presque inaudible, et les paroles indéchiffrables, malgré toute la bonne volonté du monde. Ça ne fait rien, je ne suis pas déçu. Il y a de l’idée. Evidemment, ce sont des branleurs. Comme tous les groupes de leur âge, on a juste envie de leur donner des claques : n’empêche, je commence à hocher la tête. Mince ! Voilà que je tape du pied, aussi. Les morceaux s’enchaînent les uns à la suite des autres, tube sur tube en somme. Je reconnais des airs, je fredonne même quelquefois. Il y a encore quelques heures, si on m’avait dit que je fredonnerai « <em>Houna</em> » le soir même à un concert des BB Brunes, je ne l’aurais sans doute pas cru. Je l’aurais peut-être même mal pris. Ils ont beau être énervants, ils assurent, les bonshommes. Ça ne révolutionnera rien, mais ça a le mérite d’être audible, et pas qu’un peu. Exit les morceaux longs, ici, tout est sectionné par tranche de 2’30’’, à l’ancienne, de la set-list au cutter comme on les aime. Il fait de plus en plus chaud ici, non ? Je suis tellement pris dans l’histoire qu’au final, je ne fais même pas attention au type qui me donne involontairement des coups de coude depuis vingt secondes, juste à ma droite.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2010/05/7162.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-274" title="7162" src="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2010/05/7162-300x175.jpg" alt="7162" width="300" height="175" /></a></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Le morceau se termine, je tourne la tête. Philippe Manœuvre, la lunette malicieuse, me décoche un sourire comme il en a le secret, l’air de dire « ils assurent, les gamins, hein ? ». Difficile de le contredire. D’ailleurs, je ne dis rien, je me contente de rendre le sourire. Ça veut tout dire, non ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Manœuvre, c’est un peu le spectre du Gibus, l’esprit du rock qui tourne autour de votre verre en attendant que le DJ se décide enfin à passer un bon vieux MC5. Ici, Philou est à la maison, comme un poisson dans l’eau. Ses lunettes noires, impénétrables, c’est un peu son masque de plongée : à la fois incognito et parfaitement reconnaissable, il se glisse dans la foule et se nourrit des applaudissements, des cris des filles qui reprennent un refrain. Les BB Brunes, c’est un peu une filiation évidente. Une sorte d’aboutissement. Ou un genre de commencement. Les biographes décideront. Profitant d’une éclipse momentanée de mon attention, Philou se carapate et disparaît. Je pars à sa recherche.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Je le retrouve un peu plus loin, sourire nettement moins prononcé, juste à côté du bar. Un type qui a l’air de tout, sauf d’un amateur de bonne musique, lui passe un bras autour du cou tandis qu’un pote à lui prend le couple en photo avec son téléphone portable dernier cri. Philou est gêné, mais se plie au jeu de bonne grâce. Bonne pâte, aussi. La moitié du public présent ce soir s’imagine sans doute que Manœuvre, ce n’est qu’une tronche marrante à la télé, juré cathodique dans un télé crochet populaire et quelquefois éclairé. La télé vous bouffe tout cru, c’est bien connu. Phil s’éclipse encore, loin des photographes amateurs, et retrouve quelques amis, des spectres comme lui, des résidents à jamais.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Dans les toilettes du Gibus, il y a un grand noir qui vous dévisage quand vous entrez. Suspect. Jeune. Je t’ai à l’œil, toi. Okay, je n’y vois aucun inconvénient du moment que tu me laisses pisser. D’autant que tout le monde saute autour de la scène à l’heure qu’il est, et je suis sans doute le seul à penser à l’éventualité de soulager un besoin naturel à ce moment. La situation est tendue. Electrique. Je m’essuie les mains à deux pas de la longue silhouette filiforme, juchée sur un tabouret de bar. Je ne suis pas un client sérieux pour ce genre de déboires, crois-moi, mon pote. Et puis à la réflexion, mon ami de toilettes a l’air plutôt blasé.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Le temps de redescendre en salle, le concert se termine. Quelques morceaux qui s’étiolent comme un soleil de mars, et puis c’est fini. Tout le monde remercie tout le monde, le chanteur en premier, qui soliloque moins bien qu’il ne miaule sur scène. Ce n’est pas clair, mais il y a de l’idée.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et tandis que la Manœuvre team, blazer en cuir sur les épaules et Ray-Ban vissées au casque, s’emploie à  redonner son lustre à un endroit qui l’a un peu perdu, la salle se rendort, après un bref réveil. Ici, c’est un combat qui a lieu. Un affrontement à mort, à coup de santiags en croco et de cheveux huilés, entre la vieille et la nouvelle génération. Si le rock semble aujourd’hui plus sage, moins sale et plus poli, c’est aussi parce que les rêves des enfants se sont transformés. Les exégètes diront s’il s’agissait là d’un meilleur ou d’un pire.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Pour l’instant, c’est l’heure que le rock n’roll choisit pour retourner au lit.</p>
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		<title>Quand les élections tombent toujours un dimanche</title>
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		<pubDate>Sun, 14 Mar 2010 16:53:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le maître des lieux</dc:creator>
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C’est vrai, quoi ! C’est quand même mal fait !

(pardonnez ce cri de révolte aussi violent et irrépressible qu’insoutenable)

Mais il y a de quoi être en colère : alors que le taux de participation aux différentes élections décroit d’année en année, personne ne fait rien pour arranger les choses. Je ne voudrais pas avoir l’air d’un rabat-joie mais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><br class="spacer_" /></p>
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<p>C’est vrai, quoi ! C’est quand même mal fait !</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>(pardonnez ce cri de révolte aussi violent et irrépressible qu’insoutenable)</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Mais il y a de quoi être en colère : alors que le taux de participation aux différentes élections décroit d’année en année, personne ne fait rien pour arranger les choses. Je ne voudrais pas avoir l’air d’un rabat-joie mais le tableau n’est pas brillant. Et si tout ce que l’on a trouvé pour nous faire voter, c’est la culpabilité, et bien&#8230; ce n’est pas joli-joli, les gars… C’est petit, de taper sous la ceinture. Pas un dimanche d’élection ne se passe sans que, pour peu d’avoir eu le malheur d’allumer la télé ou la radio, on ne nous serine d’avertissements bavards et moralisateurs sur la nécessité d’aller voter (Yann Barthes, toi aussi!) .</p>
<p>On le sait bien, qu’ « être français, c’est avoir des droits, mais aussi des devoirs » : le petit bonhomme agité l’a suffisamment répété ces deux dernières années, c’est bon, pas la peine de nous en resservir une couche. Encore une preuve, s’il en fallait encore une, que la meilleure manière de convaincre les gens d’une chose, ce n’est pas de la leur expliquer, mais de la leur répéter cinquante fois. Regardez la pub, ça marche à tous les coups (j’ai eu le petit jingle ORPI dans la tête pendant quarante-huit heures).</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Pour en revenir aux élections…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2010/03/urne.jpg"><img class="aligncenter size-medium wp-image-264" title="urne" src="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2010/03/urne-263x300.jpg" alt="urne" width="263" height="300" /></a></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Ce dimanche se déroulent les élections régionales. Je sais bien que ça n’intéresse pas grand monde, et que les élections présidentielles sont toujours plus glamour. En plus, les élections présidentielles, c’est en mai, pas en plein mois de mars au milieu des bourrasques glaciales, des averses et de la grisaille ambiante. Alors forcément, les gens sortent plus facilement de chez eux.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et puis quoi, pourquoi le dimanche ? D’accord, les gens ne travaillent généralement pas, même si cette tendance tend à baisser : il n’y a qu’à se balader en centre-ville pour voir que plein d’employés de café, de boutiques de fringue ou de cinémas ont mieux à faire le dimanche que d’aller voter. Sans même aller jusqu’à se pencher sur le cas des travailleurs du dimanche de plus en plus nombreux, je ne sais pas pour vous mais pour moi, le dimanche, c’est un peu une malédiction. On ne peut rien tirer de bon d’un dimanche, c’est toujours ennuyeux et vaguement déprimant. Par ce temps, on n’a pas envie de sortir. On veut rester chez soi, calmement, et lire un bouquin, une BD, manger un sandwich au cantal en écoutant le dernier Vampire Week-end. Ça, ce sont des choses que l’on a envie de faire le dimanche. Rester dans son pyjama en pilou, les cheveux crades, et regarder un épisode de l’inspecteur Barnaby (qui a des problèmes qui conviennent très bien à l’atmosphère des dimanches, je trouve, des problèmes un peu mous, un peu pas très intéressants, mais bon, c’est dimanche alors ça passe).</p>
<p>Bref, peut-être qu&#8217;organiser les élections le jeudi soir, ce serait une idée? En rentrant du boulot, après avoir pris une baguette, on vote, on va chercher son loto et hop, le tour est joué! Du coup, comme on n&#8217;a rien de mieux à faire, ce n&#8217;est pas gênant (pas besoin d&#8217;annuler le week-end chez tata, ou la partie de bilboquet du club) Et puis en semaine, nous sommes habitués à faire des trucs ennuyeux (comme bosser, par exemple). Donc une de plus ou une de moins&#8230;</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Bref, s’il y avait une chose que je n’avais pas envie de faire aujourd’hui, c’était de sortir de chez moi pour aller voter. Ma chère et tendre n’ayant pas ce problème (elle n’est même pas française, la vilaine, et n’a donc pas l’obligation d’aller voter… mieux, elle peut voter par courrier! Pourquoi ne peut-on pas voter par internet? Avec les certificats de sécurité déjà utilisés dans les formulaires des impôts, ça me semble jouable, non? ) je me voyais encore moins me réjouir à l’idée de quitter seul l’appartement, après m’être forcé à me laver les cheveux, après m’être contraint à enfiler des chaussures…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et pourtant, bon citoyen que je suis, je me suis rendu dans mon bureau de vote.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Sympa, le gars, quand même…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Déjà, je n’ai pas envie qu’on me fasse la morale après. Le côté « Comment ça, tu n’as pas voté au second tour de la présidentielle Chirac-Le Pen ?! » m’avait suffisamment gavé à l’époque… Ben oui, je n’avais pas de carte électorale, parce que je ne m’étais pas inscrit suffisamment tôt. De toute façon ça m’avait énervé, ce côté révolution populaire… Comme si quelqu’un avait cru un seul instant que Le Pen aurait pu être élu… Ridicule. Mais le français aime les combats comme celui-ci, les combats gagnés d’avance. Par contre, quand il faut se battre en vue d’une issue incertaine, voire carrément grillée et inaccessible, il y a beaucoup moins de monde. Bref.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Donc depuis ce temps, je n’ai pas manqué la moindre élection. Régionales, cantonales, municipales, européennes, présidentielles, premier tour, deuxième tour, la revanche, la  belle, la troisième mi-temps, j’ai tout fait. Sur ce point, on ne peut pas me choper. Je suis blanc comme neige.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Mais il faut bien avouer qu’on ne vous facilite pas la tâche.</p>
<p>Aller voter, ça n’a rien de très entrainant, ni de très funky…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>D’abord, et si l’on a passé les premières épreuves éliminatoires (douche, déjeuner arrosé, pétanque avec les potes au bord de la mer, etc) , le décor ne donne pas envie. En général, le bureau de vote se situe dans une école, dans la mairie ou dans une salle communale. Rien d’ultra branché là-dedans, ni d’un grand intérêt ethnologique. Vous faites face à une bande d’allumés (il n’y a pas d’autre mot) de la vie sociale pour lesquels il n’y a rien de plus marrant que de se lever à six heures pour aller ouvrir le bureau de vote, puis de rester des heures à se faire chier, à regarder les pièces d’identité des gens (ils doivent quand même voir de bonnes tronches sur les photos de passeport). Il faut expliquer aux mamies qu’elles doivent prendre AU MOINS DEUX BULLETINS (pas juste celui de Jean-Marie, même si <em>c’est un bon français, lui, au moins, le seul d’ailleurs, avec tous ces noirs qui se présentent aux élections, n’est-ce pas, mon bon monsieur </em>?) et les conduire dans l’isoloir. Vous remarquerez d’ailleurs qu’on tient le même discours au sujet des clubs échangistes et des isoloirs : ce qui se passe dans l’isoloir <em>reste</em> dans l’isoloir. Il faut, dans cette atmosphère austère et pesante, faire son choix en toute objectivité, puis affronter la signature du registre et le lancinant « a voté » du préposé à la manette. Et puis, moment fatal, trouver une bonne excuse pour échapper au dépouillement. La question que l’on redoute à chaque fois.</p>
<p>« Seriez-vous volontaire pour procéder au dépouillement ce soir ? »</p>
<p>Soyons honnêtes, nous avons tous été tentés de répondre au moins une fois que l’on ne serait pas là, qu’on avait autre chose d’important à faire, un avion à prendre, un ami à enterrer (oui, un dimanche soir, parfaitement)… alors qu’en réalité, nous serons simplement devant la trente-quatrième diffusion des Experts sur la Une. Oui, le français est fainéant. Et à mon grand dam, moi le premier. J’ai failli dire oui, cette fois-ci, moins par civisme que par culpabilité, parce que je refuse à chaque fois. Promis, la prochaine fois, j’irai, et je vous raconterai. En tout cas, le type qui pose la question doit en entendre des belles, des excuses… Parce que c’est fou mais à en croire les gens, Paris sera vide ce soir, tout le monde ayant eu un bateau à prendre, un train à attraper, un avion dans lequel embarquer ou un embouteillage auquel participer… C’est le moment de sortir nu dans la rue, les gars, il n’y aura personne ce soir en ville!  D’ailleurs, lorsque j’ai répondu « malheureusement, non », le type m’a demandé « pour quelle raison ? ». Bizarre, quand même… Qu’est-ce que ça peut te faire, tu n’as pas envie de tout te taper tout seul, c’est ça ? J’ai peut-être vraiment un truc à faire, ce soir, un truc urgent… Bon, ok, j’ai rien à faire. Mais j’aurais pu… Quelle inconvenance, vraiment…</p>
<p>Entre nous, d&#8217;ailleurs, les préposés utilisent des méthodes intéressantes: j&#8217;ai pu les voir à l&#8217;oeuvre. En effet, le couple juste devant moi dans la file s&#8217;est laissé convaincre par l&#8217;entrain du bonhomme. Ils ont dit oui, du bout des lèvres, un tout petit oui, un oui gêné et bien ennuyé, mais un oui quand même. Et bien le type a gardé leur carte d&#8217;électeur! &laquo;&nbsp;On vous la rendra ce soir&nbsp;&raquo;, qu&#8217;il a dit, &laquo;&nbsp;et soyez à l&#8217;heure!&nbsp;&raquo;. J&#8217;imagine qu&#8217;on a dû leur faire mille fois le coup du &laquo;&nbsp;oui oui, promis, je viens ce soir, juré craché, sur la vie de ma mère&#8230;&nbsp;&raquo; alors depuis, ils ne se font plus prendre! Ils prennent des garanties&#8230; Il parait que dans certaines communes, ils gardent un enfant en gage. Ou un chien. Plus rarement, ton IPhone: là, ce serait vraiment des méthodes de barbares.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Pourtant, il y aurait mille manières de rendre un scrutin attirant, glamour, séduisant.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Appelons Karl, notre expert en glamour. Lui seul peut nous tirer du marasme dans laquelle, pauvre France, tu t’es plongée toute seule ! Vas-y, donne-nous du glamour, et ne lésine pas sur les paillettes…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Déjà, il faudrait peut-être mettre un fond sonore. Un truc qui dissipe ce silence oppressant et castrateur, qui inhibe toute joie, toute créativité. Lady Gaga ou David Guetta me semblant tout indiqués, j’accepterais néanmoins tout autre air entrainant donnant un côté djeun’s à l’ensemble… D’ailleurs, les gens viendraient peut-être voter davantage si Lady Gaga et David Guetta, ainsi que tous leurs potes des NRJ Music Awards, venaient donner un coup de main pour le dépouillement, eux aussi. Ou si Mélanie Laurent, d’un geste gracieux et aérien, actionnait la petit manette et susurrant votre nom, déclarait le sacro-saint « a voté »  d’une voix cristalline et rieuse. On pourra à loisir remplacer Mélanie Laurent, en fonction des disponibilités, par Madame de Fontenay ou Moundir, l’aventurier de l’amour, qui non content d’être un poète, est aussi un citoyen engagé (en faveur de l’éducation, notamment, dont il décline les lacunes de ses contemporains à toutes les sauces, surtout hurlantes, les initiés comprendront).</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Voilà, ça, c’est une solution people. Avec ça, on remonte à 60% de votants.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Mais on peut faire encore mieux.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Nous pourrions remplacer les tristes rideaux des isoloirs par des motifs ethniques, ou des couleurs chatoyantes. Valérie Damido nous fera ça très bien. Laissons Philippe Stark designer les urnes, ces morceaux de plastique tristes et sans âme ! Qu’il nous fasse quelque chose de sobre et de fonctionnel, mais fun, nom d’une pipe ! Ensuite, dans les isoloirs, des fauteuils en cuir usés, avec des pantoufles pour être bien à son aise. Enfin, un écran DANS l’isoloir diffusant en avant première le nouvel épisode de Lost, de Dexter ou de Battlestar Galactica. Pour les jeunes, des clips en boucle et des épisodes de Bob l’éponge. Pour les vieux, Michel Drucker, de manière à ce qu’ils n’en loupent pas une miette en allant voter. Pas mal, non ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Nous venons de remonter à 75% de votants.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et bien à chaque votant, nous nous proposons de remettre un panier garni comprenant un pot de rillettes du Mans, une bouteille de jus de fruits de grande marque, quatre sachets de thé arôme banane-saucisse  ainsi qu’une Playstation 3 et un IPhone… Pour les prochaines présidentielles, un IPad… c’est pas beau, ça ? Et un bisou de Madame de Fontenay, et aussi un ticket pour aller d’office au Théâtre sans passer devant le jury de la Nouvelle Star. Voilà. Vous êtes contents ? On dirait.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Le compteur vient d’exploser. Nous sommes passés au-dessus du seuil des 100% de votants ! Les enfants veulent voter aussi, désormais ! Les belges aussi, d’ailleurs, ainsi que la plupart des européens et quelques touristes en vacances. Il faut embaucher des CRS pour faire la loi, car on ne contrôle plus rien, c’est l’hystérie ! En plus, devinez quoi ? On ne vous demandera PLUS JAMAIS si vous voulez venir au dépouillement ! Steve Jobs vient d’inventer une application IPhone qui dépouille les bulletins en temps réel ! Hourra ! Et il vient d’annoncer aussi qu’il donnerait un chèque de cent euros à tous les bons citoyens…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et imaginez que ça marche ? Tiens, si on se disait ça.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Voilà, je suis sorti de chez moi et je marche vers le bureau de vote. Et soudain, miracle ! Nous avons réussi, la révolution citoyenne est en marche ! Les élections passionnent, c’est la cohue ! Il y a un attroupement phénoménal devant le bureau de vote, on se bouscule, on rit, on explose de joie, et… on porte tous des kipas ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Hein ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Ah non, toutes mes excuses, ça n’a rien à voir.</p>
<p>Comme le bureau de vote dans lequel je me rends est juste à côté d’une synagogue, j’ai cru que l’attroupement était la queue pour aller voter. En réalité, c’était juste un mariage. Je me disais, quand même, que la communauté juive était sacrément citoyenne aujourd’hui… Non pas qu’elle ne le soit pas d’habitude, mais bon… et puis c’était louche, tous ces gens en smoking pour aller voter… un jogging aurait suffi…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>En attendant que toutes ces petites améliorations nécessaires soient apportées, je pense qu’il faudra encore se contenter d’un petit 40%.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Grand max.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>C&#8217;est triste. Pour la vie politique, en tout cas.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Quand on veut changer deux ou trois trucs dans son adolescence&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Jan 2010 11:20:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le maître des lieux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les trucs qui passent par la tête]]></category>
		<category><![CDATA[adolescence]]></category>
		<category><![CDATA[Apple]]></category>
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		<category><![CDATA[Guitare]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Je ne vais pas vous faire le coup des excuses bloguesques parce que mince, ce n’est quand même pas ma faute si Noël est pour moi une période assez chargée niveau boulot&#8230;  Et puis je n’avais pas que ça à faire, de taper mes états d’âme sur un clavier (un clavier de Mac Book, notez, parce que le Père Noël est passé &#8211; en la personne de mes parents – et m’a vraiment gâté… C’était tout de même la moindre des choses après que le Cavalier de l’Apocalypse soit passé lui aussi et qu’il ait saccagé mon IPhone ET mon PC… Entre parenthèse, chapeau Apple pour le service après-vente, IPhone échangé en 5minutes directement au Apple Store… ça a fini de me convaincre, s’il le fallait encore, que c’était une excellente chose que de passer sur Mac… Voilà, fin de la parenthèse. Elle était pas mal, celle-là, non ?) Donc, disais-je avant d’être encore une fois assez grossièrement interrompu par moi-même, je ne vais pas m’excuser de ne pas avoir écrit pendant un mois, parce que je ne suis pas une machine, sauf dans certains de mes rêves.  Et puis j’étais fatigué… et puis il y avait du boulot… et puis… et puis… Non, ce ne sont pas des excuses, bande de menteurs… Ce sont des prétextes. Bref…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>C’était un soir solitaire où les brumes des souvenirs se mêlaient aux bulles du Coca Cola posé sur la table basse. Un de ces soirs moroses où la télévision semble ne s’adresser qu’à vous, et où une vieille guitare apparaît comme le seul moyen d’échapper au sinistre vide qui envahit  un appartement à peine chauffé. (rajoutez la tuberculose et vous obtenez un poète maudit du XIXème siècle)</p>
<p>Bref…</p>
<p>Non, en fait, ça ne s’est pas vraiment passé de cette façon.</p>
<p>Ça aurait pu, remarquez.</p>
<p>Mais là, il y avait juste un très bon ami qui était passé à la maison pour manger un chinois (très bon livreur, je vous filerai l’adresse un de ces quatre, ils livrent dans de petites boîtes en carton avec anse, comme dans les séries new-yorkaises… et en plus, c’est vraiment bon). L’ami en question étant plutôt doué niveau musique &#8211; ne le dites pas trop fort parce qu’il pourrait prendre la grosse tête (comment ça, il l’a déjà ?) – ce dernier se met à gratouiller ma chère guitare en improvisant quelques morceaux de son cru. Oui, c’est assez énervant, les gens qui utilisent un instrument de musique avec aisance. Ça nous ramène à notre pauvre condition de mortel, face aux génies que sont les gens qui ont été contraints par leurs parents de pratiquer le solfège à cinq ans.</p>
<p>Et voilà qu’Obi-Wan (afin de préserver son anonymat et d’ajouter un peu de clarté à l’ensemble) se met à gratouiller Rape Me de Nirvana. Alors là, mon sang ne fait qu’un tour. Mes yeux se fixent sur les doigts du Jedi tandis que mon cerveau, engourdi par les brioches chinoises, s’acharne à essayer de retenir les accords.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">OBI-WAN </span>: Tu sais, j’emballais un max avec ce morceau, au lycée… En fait, pour être honnête, je les emballais toutes.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">MOI </span>: Comment ça, toutes… Tu veux dire TOUTES ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">OBI-WAN </span>: Toutes….</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>La soirée se termina comme elle avait commencé, par deux bises sur les joues.</p>
<p>Et tandis qu’Obi-Wan, encapuchonné dans son manteau d’assassin, regagnait ses pénates, je m’asseyai sur le canapé et tentait de reproduire, avec succès, le morceau emblématique. J’en tirai, je l’avoue cher lecteur, une satisfaction non dissimulée qui dura bien une heure. Une heure à gratouiller les quatre mêmes accords, à réécouter la chanson en boucle…  à la jouer même en duo avec Kurt Cobain, <em>live from Hell 2010</em>. Bref, à rêver un peu tout seul, avant d’aller me coucher.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2010/01/Gordon-et-Fils-première-partie.jpg" target="_blank"><img class="aligncenter size-medium wp-image-251" title="Gordon et Fils (première partie)" src="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2010/01/Gordon-et-Fils-première-partie-244x300.jpg" alt="Gordon et Fils (première partie)" width="244" height="300" /></a></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>J’imagine que ma vie aurait pu être différente si j’avais su jouer de la guitare au lycée. Pas énormément différente, juste… légèrement différente.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Déjà, j’aurais acquis le charisme inhérent à tous ces beatniks chevelus qui jouaient sur les bancs, dans la cour du bahut. C’est pas compliqué, ils avaient toujours une horde de fans hystériques autour d’eux,  un blouson en jean et ils ne s’exprimaient que par monosyllabes : vous vous souvenez d’eux ? Je les ai longtemps jalousés, d’autant que lorsque par un coup du sort je parvenais à me saisir d’un de ces maudits instruments, je n’arrivais à produire que des <em>ploc-plocs </em>disgracieux et pas du tout charismatiques.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Bref, ça n’allait pas.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>En même temps, à quinze ans, est-ce qu’il y a seulement quelque chose qui tourne rond ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Ce serait formidable de pouvoir revenir à cette époque, dans le corps que l’on occupait à ce moment (sans les boutons et les appareils dentaires, tout de même) mais avec notre cerveau d’aujourd’hui. Avec notre culture, notre répartie, nos facultés diverses qui se sont incrémentées (normalement) au fil des années… la vache, ouais, on pourrait frimer un max.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Déjà, je monterais un groupe. Sûr.</p>
<p>J’en ai toujours rêvé. Le groupe de rock du lycée. Avec moi à la guitare qui jouerait Rape Me en guise d’introduction aux festivités. Ensuite, bien entendu, je jouerais des compos. Des trucs vachement personnels et torturés, des trucs d’ado quoi, mais des trucs classe. Pas seulement mus par ce genre de sentiment d’extériorisation de mal-être qui vous pousse à exhiber ostensiblement un exemplaire racorni des Fleurs du Mal (Baudelaire, qui sans doute fut lui-même un adolescent pas super glamour) dans votre poche de manteau. Alors le bouche à oreille commencerait. Les gens, d’abord méfiants, sceptiques, finiraient par s’amasser devant la salle de répétition où mon groupe et moi répéterions tous les midis, après le passage à la cantine (salle 12B, la même que le cours de dessin, les potes). Une aura de mystère nimberait chacune de nos apparitions. Les filles qui auparavant riaient sur mon passage se battraient dans les couloirs du bâtiment F pour ne serait-ce qu’effleurer un pan de ma veste (ah non, ça, c’est Franz Liszt).  Et bien sûr, nous serions invités à animer la fête de fin d’année, au cours de laquelle nous dédicacerions les photos de classe.</p>
<p>Tout ça, bien sûr, juste avant d’être remarqué par un grand impresario (dont le fils partageait le même cours de bio que nous et qui avait par hasard entendu un de nos morceaux que le fils en question écoutait religieusement dans sa chambre, sur un vieil enregistrement cassette dans un Walkman à piles) qui nous signerait en major (mais tout de même avec une totale liberté artistique, hein, bien sûr, on ne serait pas les Worlds Apart)  et nous ouvrirait les portes d’une reconnaissance mondiale avant la barrière fatale des 20 ans, où sonnerait le glas de notre jeunesse en même temps que celui de notre climax artistique et musical, et…</p>
<p>Comment?</p>
<p>Ah pardon, je m’étais égaré…</p>
<p>On se perd vite dans ce genre de rêverie.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>N’empêche, vous rigolez, mais vous aussi, vous rêveriez de recommencer votre adolescence. De réussir partout où vous avez échoué.</p>
<p>Vous rêvez, par exemple, de balancer une réplique cinglante au gros Bertrand qui vous avait dit en rigolant que votre nez ressemblait à une patate.  Un truc du genre « toi-même », mais en mieux, en plus subtil. Bien sûr, à la place, vous vous êtes contenté de rougir et de partir en courant. Mais vous avez une seconde chance. Collez-lui une baffe, mettez-lui une bonne grosse honte devant la classe entière… Si, si, vous pouvez ! Essayez un peu. Bon, il fait trente centimètres de plus que vous, c’est sûr. Mais du coup, vous offrez une moindre résistance au vent, ce qui devrait vous faire courir plus vite lorsqu’il se lancera à vos trousses.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Oui, nous rêverions tous de recommencer une ou deux choses.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Déjà, nous rêverions tous de nous être habillés autrement. Il fut un temps où je cumulais chemise de Parker Lewis, jeans trop courts et santiags. A l’époque, je trouvais ça drôlement classe. Mais je devais être le seul. J’ai commencé à avoir une conscience vestimentaire à partir de la première : autant dire que ça peut expliquer le désert sentimental qui avait régné jusque là. Je ne faisais pas partie du clan des cools. Je n’en ai jamais fait partie, sauf peut-être sur la fin, en terminale, où j’ai rejoint le clan des artistes qui ne se mélangent pas avec la plèbe à la récré et qui se moquent des gens qui ont pris l’option foot en cours de sport (et qui par la même occasion se retrouvent bien malins lorsqu’il faut faire une pirouette sur un tapis de sol en cours de gym). Mais avant ça, j’étais plutôt dans le clan des <em>pas-de-clan-débrouille-toi</em>.  Ça m’aurait bien aidé, à l’époque, d’avoir une conscience critique et un sens aigu du cynisme morbide et drôlatique.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Oui, nous rêverions tous d’avoir écouté d’autres musiques (oui, j’ai écouté les Spice Girls). Oui, nous rêverions tous d’avoir été populaire, d’avoir eu de l’humour. Nous rêverions d’avoir eu les bons tee-shirts (Nirvana et Guns n’Roses, et pas Waïkiki ou Fido Dido) , d’avoir eu les bonnes chaussures. D’avoir eu des fringues bien coupées, d’avoir su jouer d’un instrument. D’avoir eu un talent plutôt que d&#8217;avoir eu des pellicules, d’avoir eu une particularité physique. D’avoir été beau gosse, tout simplement. Ou d’avoir eu la présence d’esprit de répondre la bonne chose au bon moment.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Ça me rappelle ce sinistre jour où, assis sur un banc en compagnie de mes amis artistes, nous vîmes arriver une bande de mecs plutôt cools dans notre direction.</p>
<p>Vous aussi, vous les connaissez.</p>
<p>Déjà, ils sont tous beaux. Aériens et félins, ils semblent se déplacer par l’action même du vent. Fils tressés d’air, les cheveux longs ondulent au ralenti sur une musique céleste qui n’est pas sans rappeler la bande originale de Virgin Suicide. Leurs habits leur vont bien, les filles soupirent à leur passage. Nous les maudissons autant que nous les aimons désespérément. Et ils viennent nous voir, nous, les artistes boutonneux qui jouons à faire des films de vampire pendant les intercours avec une caméra VHS. NOUS !</p>
<p>Je me redresse sur mon banc et me retourne nonchalamment (c’est la clef, les amis, la nonchalance. Ayez l’air nonchalant, vous serez un ado cool). Ils sont déjà presque là. J’entends la musique des cieux envahir notre espace, transformer notre air en une soupe délicieuse. Je salue, mes amis aussi. Ils nous rendent notre salut, prouvant par cette action simple que la communication entre espèces différentes demeure possible.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et puis c’est le drame.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">EUX (<em>nonchalamment</em>)</span> : Salut, les gars… Dites, est-ce que vous auriez des feuilles ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>J’exulte silencieusement avant d’ouvrir mon cartable.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">MOI (<em>aux anges mais nonchalamment</em>) </span>: Bien sûr ! Alors… des feuilles simples ou des feuilles doubles ? Parce que j’en ai aussi à petits ou à grands carreaux et…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><span style="text-decoration: underline;">EUX (<em>nonchalamment</em>) </span>: …………………..</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et puis ils sont repartis en rigolant.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Il a fallu qu’on m’explique plus tard le principe des feuilles <em>à rouler</em>.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Les créatures célestes ne sont plus jamais venues me parler…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>(Quand je vous dis qu’on aimerait bien changer deux ou trois trucs, des fois… )</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
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		<title>Quand je me drogue au cocktail sapin-vaccin</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Dec 2009 17:09:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le maître des lieux</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Aujourd’hui, jour de congé hebdomadaire. Ce n’est pas tant que c’est rare mais en cette période de Noël, d’achats compulsifs et de foule compacte amassée dans les couloirs de ma librairie, c’est plutôt appréciable. D’autant qu’après avoir travaillé samedi ET dimanche, toute la journée, ce petit lundi se laissait envisager sous les plus célestes augures.

Maintenant, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Aujourd’hui, jour de congé hebdomadaire. Ce n’est pas tant que c’est rare mais en cette période de Noël, d’achats compulsifs et de foule compacte amassée dans les couloirs de ma librairie, c’est plutôt appréciable. D’autant qu’après avoir travaillé samedi ET dimanche, toute la journée, ce petit lundi se laissait envisager sous les plus célestes augures.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Maintenant, quand on a une journée off, il faut savoir l’occuper. Je ne suis pas du genre à rester à la maison à ne rien faire. Je ne comprends même pas qu’on puisse rester devant la télé à regarder cinq épisodes de « 24 Heures Chrono à la suite ». Même Lost, même Buffy (oui, ça vous pose un problème qu’on puisse aimer Buffy ? Des philosophes américains se servent de cette splendide série pour illustrer leurs théories et leurs dogmes) finissent toujours par me laisser au bout de trois épisodes. C’est viscéral, la télévision à trop haute dose me donne la nausée. Alors il faut trouver autre chose.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Ce matin, je me suis levé assez tôt (car oui, je me lève souvent tôt durant mes jours de repos, histoire d’avoir le loisir de profiter du temps qui m’est imparti :  ne me dites pas que ça aussi vous pose un problème !) et après avoir ingurgité un petit déjeuner sommaire, puis gratouillé mollement les cordes de la guitare gisant nonchalamment sur le parquet, j’ai décidé qu’il était temps de prendre une décision quant à la direction qu’allait devoir prendre cette journée.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Comme s’il fallait que cette journée ait un sens, me direz-vous.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Alors d’abord, j’ai décidé d’être idiot.</p>
<p>Parce que j’étais un peu en colère, ce matin. Il faut dire que ça fait trois jours que mes voisins du dessus font la nouba le soir. Enfin, la nouba ou autre chose, c’est peut-être simplement que ce sont des débiles congénitaux qui ne savent pas (malgré mes remarques réitérées) que sauter à pieds joints sur du parquet mal isolé fait du bruit (surtout quand ma chambre est juste en-dessous). Certes, j’ai le sommeil un peu léger. Mais ça ne m’avait jamais <em>réveillé</em> pendant la nuit. Samedi soir, je suis donc monté à trois heures et demie, cheveux en pétard et tee-shirt Harry Potter sur pantalon en pilou (oui, la Fnac m’habille à l’occasion). Ça tombait bien, ils étaient en train de se faire livrer des pizzas par un type encasqué à l’air fortement ensommeillé, mais moins que moi. Alors comme par un réflexe vital mu par la simple volonté d’aller me rendormir au plus vite, j’ai sorti les mots tels qu’ils venaient. Ça a dû donner quelque chose comme ça.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">JULIEN (la tête enfarinée, sur un ton assez sec)</span></strong> :</p>
<p>Il va falloir baisser d’un ton, s’il vous plait, parce que là, c’est juste pas possible, je suis en train de dormir et vous venez de me réveiller, alors vous allez baisser d’un ton, s’il vous plait (<em>bis</em>) !</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Vous remarquerez que même dans l’énervement le plus prononcé, je maintiens les formules de politesse.</p>
<p>Puis je suis reparti à la même vitesse que j’étais venu, redescendant les escaliers en quatrième vitesse (<em>et en claquettes de plage, c’est vous dire si j’avais de l’allure</em>). Ceux qui m’ont « reçu » (<em>en pleine gueule</em>) n’étaient pas les locataires des lieux. Juste des invités qui ont dû se trouver aussi effrayés qu’apitoyés par mon air d’outre-tombe. La seule chose qu’ils ont pu répondre à mes imprécations fut de tourner la tête en direction du salon et d’appeler le locataire en question, qui n’a pas eu le temps de venir me faire coucou (<em>j’étais déjà parti</em>). Le diable a un nom. Il s’appelle Matthieu (<em>j’en connais à qui ça va faire plaisir</em>).</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et le lendemain matin, j’ai un peu regretté.</p>
<p>Oui.</p>
<p>Je m’en suis voulu. J’ai même failli remonter pour m’excuser d’avoir été un peu abrupt. Mais j’ai bien fait de ne pas le faire.</p>
<p>Parce que tout ça pour vous dire qu’ils m’ont aussi réveillés cette nuit, à grands coups de bottines cirées sur parquet et de rires gras probablement alcoolisés.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Ce matin, j’étais donc en l’occurrence assez fâché.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Alors j’ai décidé de commencer cette journée  d’une façon originale.</p>
<p>J’ai décidé de jouer au con, moi aussi.</p>
<p>Je lis Hunter Thompson en ce moment. Ça n’a pas arrangé les choses. J’étais assez motivé.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>A neuf heures et demie, j’ai donc déplacé la chaîne hi-fi sous l’endroit où j’estime que se trouve leur lit, et après avoir poussé le volume presque au maximum, et mis un coussin sous l’enceinte pour ne pas trop peiner les voisins du dessous, j’ai mis une petite berceuse.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p style="text-align: center;"><object width="425" height="344"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/fkuOAY-S6OY"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><param name="flashvars" value="" /><embed src="http://www.youtube.com/v/fkuOAY-S6OY" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="425" height="344" flashvars=""></embed></object></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Autant vous dire que j’ai laissé tourner le disque jusqu’au bout : 55 minutes de pur bonheur. Personne n’est descendu, dommage. J’avais préparé une petite réponse toute faite pour expliquer que j’avais des voisins assez bruyants, qui parfois me provoquaient de légères insomnies, raison de mon lever si matinal. Laissant tourner le disque, j’ai pris une douche et siffloté gaiement. La journée commençait bien. J’espère que pour mes voisins aussi. En prévision d’éventuelles représailles, j’ai acheté des bouchons d’oreille en mousse. Des fois que la nuit ne porte pas conseil. Sans rire, je pense que mes voisins ont été entraînés par l’armée américaine aux techniques les plus raffinées de torture occidentale. Je vais devoir ne pas plier.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2009/12/IMG_0141.jpg" target="_blank"><img class="aligncenter size-medium wp-image-238" title="IMG_0141" src="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2009/12/IMG_0141-259x300.jpg" alt="IMG_0141" width="259" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: center;">Les bouchons d&#8217;oreille en question (<em>Protect me, God, and give me strength</em>)</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Puis une fois propre, je suis sorti dans la perspective d’aller faire quelques courses (<em>c’est toujours un bon moyen de commencer la journée, après avoir accompli une petite vengeance personnelle</em>).</p>
<p>Et là, la bénédiction des cieux…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Dans ma boîte aux lettres, une petite missive brune estampillée « Ministère de la Santé ». Chic, ma convocation pour aller me faire vacciner contre la grippe A ! Depuis le temps qu’on nous serine avec ça…</p>
<p>Je dis chic non pas parce que j’aime me faire vacciner (<em>même si ces derniers temps, j’en ai quand même fait pas mal, avec les rappels et la médecine du travail</em>), mais parce que j’ai tout de suite vu dans cette lettre la perspective d’une expérience inédite. Aller me faire piquer le bras dans un gymnase crasseux, avouez qu’il y a de quoi être excité. Alors j’y suis allé. Et je n’ai pas été déçu.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>D’abord, il y a ce type qui vous accueille à l’entrée.</p>
<p>Il ne vous laisse pas le temps d’expliquer. Il vous demande « c’est pour le vaccin, hein ? ». Je réponds que oui, hésitant un instant à lui répondre que non, c’est pour un tennis, mais je lis la lassitude dans ses yeux et l’accumulation de milliers de blagues toutes plus vaseuses les unes que les autres au creux de ses oreilles fatiguées me contraint à abandonner la partie. Il me dit « Allez là-bas » et m’indique la file d’attente. Je dis oui et j’y vais. Comme un petit soldat bien entraîné.</p>
<p>Le gymnase est vieux et ses murs sont en brique rouge. Il y a deux odeurs, et toutes les deux nettement discernables. D’abord, il y a celle du parquet. Ce sol qui a vu des dizaines de milliers de godasses puantes d’hormones de croissance se trainer à sa surface. Sur les murs, il y a des graffitis improvisés, la plupart écrits au stylo bille. Sur les fenêtres, en haut, des messages ont été tracés du bout du doigt dans la poussière accumulée. Ça dit « Casse-toi, pauv’con »… ça dit «  Brandy aime Fred »…  ça dit « Ta mère la pute ». Il y a des sexes en érection plus ou moins bien dessinés, mais en grande quantité. Ça donne un petit côté « j’ai 15 ans et je t’emmerde » à la scène.</p>
<p>Parce que sinon, pour l’autre odeur clairement identifiable, c’est plutôt une senteur d’hôpital, et de corps souffreteux. Les convocations n’ont pas encore été envoyées à la grande masse de population non considérée comme population à risque. Il y a surtout des vieux, dans la file d’attente. Des vieux et des mères avec des poussettes. Ça tremblotte mollement d’un côté dans sa gabardine à carreaux, et puis ça pleure de l’autre dans sa poussette encombrante. L’ambiance n’est pas à la rigolade.</p>
<p>Dans la file d’attente, la tension monte d’un cran. Il y a un pompier, un jeune au teint d’olive mais au visage très souriant, qui dit qu’aujourd’hui, ça va aller vite. Qu’il n’y a pas beaucoup de monde, vous auriez dû voir le week-end dernier, il y a avait deux heures d’attente rien que pour passer au point d’accueil.</p>
<p>Moi, j’attends mon tour tranquillement, la musique dans les écouteurs. Et puis lorsqu’enfin le type devant moi (<em>un petit bonhomme tout penché sur sa droite, problème de hanche j’imagine, qui n’arrête pas de tousser d’une toux grasse et épaisse</em>) s’avance vers le guichet, j’ai une vue qui maintenant embrasse l’ensemble de la scène.</p>
<p>Il y a des tables sur des tréteaux. Des panneaux de carton en guise de murs, pour séparer les espaces de vaccination. Sur les cartons branlants, on a écrit 1, 2, 3, 4 au marqueur noir. Il y a des dessins d’enfants scotchés derrière la table des médecins, un peu plus loin.</p>
<p>On m’appelle. Je donne ma convocation et mon passeport, parce que c’est marqué qu’il faut amener la convocation et une pièce d’identité. Moi, idiot, je m’exécute. Et la première chose qu’on me demande, c’est ma carte Vitale. Alors moi, je réponds que c’est pas marqué sur la convocation alors non, j’ai pas. On me demande si j’ai une attestation de mutuelle. Je dis non plus, et puis j’ai pas non plus ma carte de piscine, j’ai une carte de métro si on veut, mais là, ces trucs-là, c’était pas marqué sur la convocation.</p>
<p>La dame me dévisage puis finit par me demander ma pièce d’identité d’une air mou et blasé. Ben oui cocotte, il ne doit pas y avoir grand-monde qui te la donne, la carte Vitale, si c’est pas précisé sur le papier. Moi je suis bête. Il faut me dire les choses pour que je les comprenne. Je n’ai jamais été très doué avec les sous-entendus, de quelque nature qu’ils soient. Quand j’ai un truc à dire, je le dis. Si jamais j’organise un dîner, ou une séance de vaccination à la maison, et que je veux que vous ameniez votre carte Vitale, je vous le dirai, moi. Bon.</p>
<p>Elle me montre ma convocation, puis me demande de confirmer si c’est bien mon numéro de sécu écrit dessus. Je dis oui, parce que maintenant, à force, je sais le reconnaître (<em>je ne le connais pas par cœur mais je sais le reconnaître</em>). Elle finit par me donner les papiers à remplir, toujours mollement, et me dit de m’installer dans la deuxième queue (<em>assise, celle-là</em>). Je dis au revoir, bonne journée, par de réponse. Ici, on est poli mais on ne dit pas bonjour. Ici, on est poli, mais on ne dit pas au revoir. Sinon, ça fait trop de choses à répéter, comprenez.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>J’attends mon tour.</p>
<p>Un autre pompier note de mémoire l’ordre de passage, et appelle les gens. Il est sympa, et puis il a une bonne tête. J’ai le numéro 981. On en est au 975. Ça va vite aujourd’hui, il le dit lui aussi. C’est comme un gimmick. Ils ont l’air détendus, presque soulagés, de ne voir qu’une petite trentaine de personnes faire la queue. Alors j’écoute les toux s’éteindre mollement dans l’air chargé de relents d’alcool à désinfecter. Et puis c’est mon tour.</p>
<p>Le médecin est plutôt vieux, mais gentil.</p>
<p>Je dis bonjour. Lui ne répond rien.</p>
<p>Il me dit Monsieur Simon.  Je dis oui.</p>
<p>Il me dit vous êtes sur la liste prioritaire ?</p>
<p>Je dis non, je crois pas, j’ai reçu la convocation ce matin, j’ai vu de la lumière et puis je ne suis pas un garçon compliqué, alors je suis venu dans la foulée.</p>
<p>Il a l’air déçu, et puis il dit que le ministère doit commencer à envoyer les convocations aux « autres ». Non, je ne suis ni un bébé, ni un grabataire, c’est vrai. Mais bon, j’ai ma convocation, les mecs.</p>
<p>Il me dit bon.</p>
<p>Il me dit vous avez des questions ? Je dis non, ça va.</p>
<p>Il me dit vous êtes le client parfait. Je réponds oui, on me dit ça tout le temps. Il doit toujours y en avoir pour poser dix mille questions, pour avoir l’air anxieux, pour se demander si le vaccin ne va pas leur faire pousser un troisième bras ou leur filer un cancer. De toute façon, qu’est-ce qu’on en sait ? Moi, j’en sais rien, en tout cas.</p>
<p>Puis il sourit et m’explique calmement qu’il va falloir que je patiente à la troisième file d’attente, derrière la barrière. Le dernier palier de décompression avant la piqûre. Je dis bonne journée, il dit suivant. Je m’assois un peu plus loin. Derrière la barrière.</p>
<p>Je laisse un vieux monsieur passer devant moi, parce que j’ai reçu une bonne éducation, mine de rien, puis l’infirmière m’appelle. C’est une brune, sûrement plus jeune que ma sœur, sans doute une étudiante en médecine, ou une infirmière. Sympa, elle de demande si je suis droitier. Je dis oui, pourquoi, on va finalement le faire, ce tennis ? Elle me demande de découvrir mon épaule gauche, imbibe un petit coton avec une solution alcoolique et me pique avec une toute petite seringue. Ça dure trois secondes, et puis elle sourit et dit que c’est fini. Je réponds merci, je remets mon manteau et je dis bonne journée.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Elle me dit merci, vous aussi.</p>
<p>Tiens.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Un coup de tampon plus loin, je ressors vacciné. Un petit couple de vieux se tient bras dessus bras dessous sur l’esplanade du gymnase. Eux aussi viennent de se faire vacciner, et parlent d’aller prendre une collation un peu plus loin, dans une brasserie un peu chic. L’homme peine à tenir debout et s’appuie autant sur son épouse que sur sa canne, mais il a la conversation alerte et enjouée. Un étrange sentiment me parcoure.</p>
<p>Il fait beau.</p>
<p>Et soudain, je sens les effets du vaccin se répandre dans mes veines. Je viens de comprendre en quoi consistent ses effets secondaires.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Parce que maintenant, je me retrouve avec une soudaine envie folle de faire un sapin de Noël… Alors que ce matin, je me suis juré mes grands dieux que je n’en ferais pas.</p>
<p>Pourquoi j’en ferais un, après tout, un sapin, c’est fait pour déballer les cadeaux en dessous, non ? Alors que les cadeaux, nous allons les déballer le 25, chez mes parents.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Ça n’a pas de sens.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et pourtant, je sens cette envie me traverser et agir en moi comme une onde fluctuante. J’en ai vraiment envie. Peu importe ce que j’ai dit ce matin. Il faut que je fasse un sapin.</p>
<p>Parce que les voilà, les vrais effets du vaccin. Pourquoi croyez-vous que la campagne de vaccination commence au mois de décembre, et d’abord sur les personnes âgées et les enfants ? Parce que c’est bientôt Noël, et que ce vaccin vous donne simplement envie d’aller acheter des trucs. N’importe quoi, pourvu qu’on achète. Les vieux ont de l’argent (<em>c’est ce qu’on dit, non ?) </em>et les enfants font leur liste au Père Noël.</p>
<p>Normal, donc, de les passer en patients prioritaires. Je comprends maintenant l’air déçu du médecin. Il a dû se dire que c’était du gâchis de me filer un vaccin à un type avec un si faible pouvoir d’achat.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Bref.</p>
<p>J’ai acheté mon sapin. Il est dans le salon. Ça prend de la place, ce truc.</p>
<p>Mais il faut avouer, c’est joli.</p>
<p>Et puis ça sent bon.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2009/12/IMG_0143.jpg" target="_blank"><img class="aligncenter size-medium wp-image-240" title="IMG_0143" src="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2009/12/IMG_0143-259x300.jpg" alt="IMG_0143" width="259" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: center;">AVANT</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2009/12/IMG_0144.jpg" target="_blank"><img class="aligncenter size-medium wp-image-241" title="IMG_0144" src="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2009/12/IMG_0144-259x300.jpg" alt="IMG_0144" width="259" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: center;">PENDANT</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2009/12/IMG_0142.jpg" target="_blank"><img class="aligncenter size-medium wp-image-242" title="IMG_0142" src="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2009/12/IMG_0142-259x300.jpg" alt="IMG_0142" width="259" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: center;">APRES</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>C’est bientôt Noël, les amis.</p>
<p>Et si vous vous faites vacciner, ce sera encore mieux. Croyez-moi.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>C’est vraiment de la bonne.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Quand il faut faire quelque chose de sa vie et que le temps file (et mes cheveux avec)</title>
		<link>http://www.julien-simon.com/?p=221</link>
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		<pubDate>Tue, 08 Dec 2009 11:34:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le maître des lieux</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'écriture: la vie, la vraie (le boulot, quoi).]]></category>
		<category><![CDATA[Les trucs qui passent par la tête]]></category>
		<category><![CDATA[Beatles]]></category>
		<category><![CDATA[dramaturgie]]></category>
		<category><![CDATA[questions existentielles]]></category>
		<category><![CDATA[roman]]></category>
		<category><![CDATA[scenario]]></category>

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		<description><![CDATA[Il semblerait que ce soit une question récurrente, ces derniers temps.
Enfin, pas seulement ces derniers temps, j’imagine. Parce que c’est un peu ce à quoi nos vies se résument la plupart du temps. A se poser ce genre de problèmes :

« Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? »
« Le temps passe, et regarde où j’en suis… »
« Je n’ai [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Il semblerait que ce soit une question récurrente, ces derniers temps.</p>
<p>Enfin, pas seulement ces derniers temps, j’imagine. Parce que c’est un peu ce à quoi nos vies se résument la plupart du temps. A se poser ce genre de problèmes :</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>« Qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? »</p>
<p>« Le temps passe, et regarde où j’en suis… »</p>
<p>« Je n’ai encore rien fait d’intéressant… »</p>
<p>« Ma vie n’a rien d’extraordinaire, tu ne trouves pas ? »</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2009/12/timegoesby.jpg" target="_blank"><img class="aligncenter size-medium wp-image-225" title="timegoesby" src="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2009/12/timegoesby-255x300.jpg" alt="timegoesby" width="255" height="300" /></a></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Que personne ne se sente visé en particulier, hein… Vous n’êtes pas les seuls à vous poser la question. Ou en tout cas à ME poser la question : il semblerait que la maladie s’étende. Que les questions poussent dans les têtes comme une flopée de champignons hallucinogènes tous plus toxiques les uns que les autres. Parce que ce genre de questions est d’une espèce très dangereuse, quoique très commune : elle se reproduit. Elle engendre d’autres questions toutes plus tordues les unes que les autres.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Des questions comme ça, on m’en pose sans arrêt depuis quelques mois.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Parce que j’imagine que vous pensez que j’ai la réponse. Comme si j’avais été soudainement doué de la faculté de prédire l’avenir, ou en pleine crise d’omniscience et d’omnipotence. Ou bien c’est mon côté auteur qui ressurgit, et on se dit « il passe ses journées à réfléchir à des sujets tordus, il doit bien avoir une ou deux réponses, même de mauvaise facture, dans son sac ». Ou alors c’est plus grave : j’ai peut-être une tête  à avoir des réponses. Ça expliquerait deux ou trois choses. (on me pose souvent des questions auxquelles je n’ai pas la réponse)</p>
<p>Et bien en tout cas, en ce qui concerne vos interrogations existentielles,  je vous le dis tout de suite…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Oui. J’ai la réponse. Mais je ne vous la dirai pas.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><em>(haha)</em></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><em>C’était juste pour la blague.</em></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>C’est vraiment une maladie moderne que celle de se poser des questions aussi existentielles à une si grande échelle. Je veux dire, ça a toujours existé, mais pas d’une manière aussi démocratisée. Auparavant, quelques écrivains rachitiques et déprimés s’enveloppaient dans leur manteau long pour s’en aller marcher au vent mauvais, le visage fouetté par les embruns derrière leur écharpe de soie, pour parcourir le bord de mer en quête d’inspiration (ou d’un pistolet pour abréger les excès de sentimentaliste). En ces temps bénis, la déprime était une maladie réservée aux élites intellectuelles et sociales.</p>
<p>Et puis les autres, de toute façon, n’avaient pas le temps de déprimer. Ils travaillaient dur et ne se posaient pas de question, parce que maman n’avait pas de contraception à sa disposition au fond de la cabane et que les sept enfants commençaient à couiner. Alors oui, dans l’urgence, on pare au plus pressé et on file aux champs, ou tout ce qui se trouve dans le coin pour faire un peu d’argent. Gagner de l’argent, pendant longtemps, a constitué un but dans la vie tout à fait honorable. Et respectable. Aujourd’hui, vouloir gagner de l’argent, c’est un peu sale. Ça tache les mains. Il faut un contenu derrière. On ne peut pas vivre sa vie au premier degré comme autrefois. Il faut d’autres sens de lecture.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Parce qu’entre temps, messieurs dames (<em>air ébahi de la foule hors d’haleine</em>) est arrivée la fiction. Le cinéma, la littérature, la musique : toutes ces disciplines se sont démocratisées. Miniaturisées. Possiblement trimbalables partout avec soi, toujours, tout le temps. Les gens sont petit à petit devenus des spectateurs. Des téléspectateurs.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Des consommateurs d’histoire.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et l’épidémie a pu commencer.</p>
<p>D’abord insidieusement, puis carrément au grand jour.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Nous sommes des éponges. Non, pas Bob l’éponge (bande d’incultes). Nous sommes des éponges à émotions. Nous aspirons à nous remplir de l’autre, à calquer nos réactions, nos ressentis, sur ce que nous voyons. Nous sommes des machines à imiter, et surtout des machines à comparer.</p>
<p>Et nous comparons sur ce que nous avons à portée de comparaison. Sur les films, dont les personnages sont plus exaltés que nous au quotidien. Plus vivants. Sur les séries. Sur les vies des artistes, des stars du cinéma, des sportifs de haut niveau, qu’on nous sert tous les jours à la cantine, à disposition dans les magazines people. Alors forcément, la comparaison fait mal. Et de nous imprimer au fer rouge ces problématiques terribles dans le crâne qui n’ont pas forcément lieu d’être.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Je conçois que la vie au quotidien puisse paraître moins intéressante que la vie d’un personnage de série. Et je vais tenter, modestement, de vous expliquer pourquoi.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Derrière le personnage de série, il y a un scénariste qui connaît par cœur les différentes ficelles de la dramaturgie. Il sait tenir le spectateur en haleine, il sait balancer le bon problème ou la bonne récompense au bon moment. Forcément. La série serait moins bonne si la totalité de l’épisode 12 de la saison 4 se focalisait sur le personnage principal en pleine dépression.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p align="center">********</p>
<p><strong><em>#</em>76</strong></p>
<p><strong> <span style="text-decoration: underline;">SALON DE CHARLES-RINGO – INT./JOUR</span></strong></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>CHARLES-RINGO est assis sur son canapé. Il porte une robe de chambre élimée au motif écossais par-dessus un pyjama sale et couvert de miettes de chips. Il regarde le vide d’un air bête. Sa barbe de plusieurs jours est elle aussi parsemée de miettes diverses et inconnues. On imagine que plusieurs jours se sont écoulés depuis la dernière fois qu’il a vu le jour. Soudain, CHARLES-RINGO ouvre la bouche et après un temps indéfini éructe quelques mots.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">CHARLES-RINGO :</span></strong></p>
<p>Putain… Vie de merde.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Avant de se replonger dans le quotidien gluant des journées moroses.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p align="center">*********</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Alors d’accord, j’imagine que Sam Mendes ou Philippe Lioret seraient capables de rendre ça intéressant. Mais avouez que là, tout le charisme de Charles-Ringo s’est envolé. Lui qui il y a encore quelques épisodes sauvait des vies au péril de la sienne, voilà qu’il picole et qu&#8217;il se colle des miettes partout. Sa vie est déjà beaucoup moins intéressante. C’est parce que le scénariste a cru utile de nous éviter le visionnage des scènes où Charles-Ringo s’ennuie chez lui, préférant commencer l’épisode au moment où le biper sonne.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">CHARLES-RINGO</span></strong> (<em>époussetant les miettes avant de décrocher</em>) :</p>
<p>Allo ? Quoi, encore un attentat à la moutarde de Dijon? J’arrive tout de suite, les gars !</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Le problème avec la vie dans les films, c’est qu’il y a des axes dramatiques. Des climax. Des tensions dramatiques. Des deus ex machina, des fois. Comme dans la vie. Sauf que tout ça est condensé sur deux heures. Et comme tout ce qui est condensé, le goût en est plus prononcé. La vie semble toujours plus intéressante sur grand écran. Et pas besoin de regarder le dernier Bruce Willis. Même les films à caractère réaliste, s’ils donnent l’illusion de la vie de tous les jours, n’en sont qu’une pâle imitation. Beaucoup plus intéressante. Beaucoup plus <em>punchy</em>.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Nous n’arriverons pas à nous enlever ces vies idéalisées de la tête.</p>
<p>Nous voudrons toujours faire mieux. Parce que nous avons nos propres standards imprimés en nous, maintenant. Trop tard pour reculer. Mais je ne dis pas que de temps à autre, il ne faudrait pas prendre un peu de recul vis à vis de tout ça.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>D’accord, à mon âge, Kurt Cobain venait de se tuer après avoir révolutionné le rock n’roll.</p>
<p>D’accord, à mon âge, Orson Welles avait déjà réalisé Citizen Kane.</p>
<p>D’accord, à mon âge, Nicolas Sarkozy était déjà maire de Neuilly (bon, mauvais exemple)</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Ça ne veut pas dire que nos vies en sont moins intéressantes. Nous ne pourrons pas tous être des soleils, mes amis. La plupart d’entre nous resteront dans l’ombre. Ils vivront leur vie sans excès, ils éviteront certaines embûches, et butteront dans d’autres. Ils mourront heureux, un peu tristes peut-être de ne pas avoir réalisé tous leurs rêves, mais bon… on ne peut pas tous être des numéros un. Des stars de cinéma. Des politiciens renommés.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Pour ça, il faut de la volonté. Il faut s’accrocher.</p>
<p>Travailler beaucoup, parce que ça ne vient pas comme ça. Il n’y a que dans les films que ça arrive d’un seul coup. Le scénariste a coupé la scène où l’entretien d’embauche se solde par un refus. Il a coupé aussi la scène où vous vous faites larguer pour la quinzième fois. Pas intéressant au regard d’une dramaturgie complète. Traumatismes secondaires, se dit-il.</p>
<p>Je reste persuadé que la fiction a fait beaucoup de mal. Elle a crée une addiction irréversible. Elle nous empêche de faire ce qui est vraiment bon pour nous. Vivre. Juste vivre.</p>
<p>Sans se préoccuper de l’éventuel spectateur qui pourrait regarder le film de notre vie et se dire « <em>La vache, ce film est naze !</em> » avant de zapper sur une chaîne concurrente.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>A cela, je n’ai qu’une seule réponse.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><strong><span style="text-decoration: underline;">FOULE DES LECTEURS EN COLERE</span></strong> :</p>
<p>Va te faire #(ù%*£, spectateur de mes %µ*@=§!!!</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Ta vie n’est pas un film.</p>
<p>Ta vie n’est pas un drame shakespearien.</p>
<p>Nous avons inventé la fiction pour voir se réaliser nos rêves. Pas pour les vivre.</p>
<p>Parce que le temps qu’on passe à se poser des questions, on le perd à ne pas avancer sur le chemin. Peu importe la direction, en fait. L’essentiel, c’est d’avancer.</p>
<p>Et c’est seulement ensuite que les rêves se font accessibles.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Bon, à part ça, je travaille à un nouveau roman. J’en fais le plan complet avant d&#8217;entamer le processus d&#8217;écriture à proprement dit, parce que les deux dernières histoires que j’ai commencées, je ne les ai pas finies. Après avoir écrit au moins 200 pages de chacune, je me suis retrouvé bloqué. Ce n’était pas allé dans la direction que je voulais, les personnages s’étaient un peu lâchés (voire relâchés) et n’étaient pas du tout conformes à l’idée que je m’en étais faite au moment où j’avais commencé à écrire.</p>
<p>Alors cette fois-ci, je fais un plan. Je résume l’histoire avant de la rédiger.</p>
<p>En fait, j’applique juste les principes que j’utilise en scénario à la littérature.</p>
<p>Il y a des chances que ça marche cette fois. En tout cas, j’ai juré-craché-devant-Dieu-la-vie-de-ma-mère que je n’écrirai pas d’autre histoire avant d’avoir terminé une première mouture complète de celle-ci (il faudra tout de même que je fasse une pause pour passer le concours du Conservatoire du Scénario en début d’année prochaine).</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et puis j&#8217;écoute les Beatles en boucle. C&#8217;est le jeu &laquo;&nbsp;Beatles Rock band&nbsp;&raquo; qui m&#8217;a redonné envie d&#8217;écouter les vrais disques. J&#8217;ai eu une frénésie d&#8217;achat. J&#8217;en ai acheté plein. Je les passe en boucle. En fait, je n&#8217;écoute quasiment plus que ça depuis cinq jours. Ces mecs étaient des brutes. De vrais révolutionnaires de la musique. Ils ont presque tout inventé. Et la plupart des morceaux (en tout cas des derniers albums) ne sont pas du tout datés. Ils pourraient passer à la radio aujourd&#8217;hui sans que l&#8217;on ressente un quelque côté désuet: ça marche toujours. Petite préférence pour Abbey Road. Celui-là est complètement fou.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>C’est marrant, ce livre dont je m&#8217;entretenais en privé avec vous il y a quelques instants&#8230; il  parle exactement du sujet traité plus haut. Ce truc sur la fiction et la vraie vie.</p>
<p>Sauf que le héros du livre en question, en appliquant les principes élémentaires, devient le héros de sa propre histoire. Il parvient à forger la réalité à sa propre convenance, en somme. Je pense que c&#8217;est vraiment possible.</p>
<p>Mais le livre démontrera que pour ça, il faut être un véritable génie au sens propre. Un génie comme je l&#8217;entends, il n&#8217;y en a pas plus de cinq ou six par siècle. Oui, ça restreint le champs des possibles. Mais ça demeure possible.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Je sais.</p>
<p>Ça ne va pas éclaircir le schmilblick, tout ça&#8230;</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><em>All about stories, buddies. All about stories.</em></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><em><br />
 </em></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Quand ma perception de la réalité est ébranlée par un aspirateur</title>
		<link>http://www.julien-simon.com/?p=206</link>
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		<pubDate>Mon, 30 Nov 2009 06:16:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le maître des lieux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les trucs qui passent par la tête]]></category>
		<category><![CDATA[aspirateur]]></category>
		<category><![CDATA[Darty]]></category>
		<category><![CDATA[réalité]]></category>

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		<description><![CDATA[
Je le concède volontiers: l&#8217;intitulé de la note est un tout petit peu excessif.

Mais pardonne-moi, cher visiteur, c’est là tout ce que j’ai trouvé pour racoler le chaland. Et oui, ça fait un peu Cirque de Freaks. Je ne dis pas le contraire.
Au cours d&#8217;un de ces fabuleux brainstormings dont les écrivaillions ont le secret, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Je le concède volontiers: l&#8217;intitulé de la note est un tout petit peu excessif.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Mais pardonne-moi, cher visiteur, c’est là tout ce que j’ai trouvé pour racoler le chaland. Et oui, ça fait un peu Cirque de Freaks. Je ne dis pas le contraire.</p>
<p>Au cours d&#8217;un de ces fabuleux brainstormings dont les écrivaillions ont le secret, j’avais pensé à un titre plutôt du genre « Venez voir la Femme à Barbe ! Venez voir l’Homme le Plus Fort du Monde ! Venez admirer l’Homme dont la Perception de la Réalité est ébranlée par un Aspirateur ! » &#8230; Mais finalement, j’ai décidé de faire sobre. Un peu plus Science et Vie Junior, quoi. Et puis dites donc, on ne peut pas m’en vouloir d’essayer de ratisser large ! Je suis un jeune auteur, je n’ai encore reçu aucun prix littéraire (Dieu nous en préserve) , et mes films ont été visionnés par l’équivalent de la population de Mars en 1632 (oui, il n’y avait déjà plus grand monde sur Mars à cette époque, mais il y avait de jolis canaux, vous auriez dû venir). Alors c’est normal de vouloir susciter l’interrogation, de jouer sur le côté mystérieux et sibyllin d’un intitulé évasif.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et puis il faut voir le bon côté des choses : tous ces gens qui, dans les prochains jours, chercheront le mot « aspirateur » sur Google… et bien ils vont tomber sur mon blog ! Ça ne fera pas avancer ma carrière d’écrivain, mais ça me permettra d’élargir mon public à la clientèle de chez Darty. Ce n’est pas à négliger, quand même. Qu’est-ce que vous avez contre Darty, bande de snobs ? Ah, c’est sûr, ce n’est pas le Figaro Littéraire. Mais allez faire une dédicace chez Darty un 20 décembre… Vous rigolerez moins après cette expérience, que je vous promets d’être inoubliable. Le « contrat de confiance », ce n’est pas rien, quand même ! LA CONFIANCE, MINCE ! Funestes cuistres que vous êtes&#8230;</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Bref.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Revenons aux aspirateurs.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Ce n’est pas que j’y tienne tant que ça mais après tout ce teasing, il serait assez aimable de ma part d’en venir aux faits. Même si ce n’est pas manquer de respect envers son lecteur que d’opérer de savantes digressions. Qu’est-ce que vous avez contre les digressions ? Alors voilà, d’abord les aspirateurs et maintenant, les digressions. Est-ce que j’en fais tout un fromage, moi, de faire des digressions ? Réponse : non. Je me contente d’en faire une digression.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Re-bref.</p>
<p>Desproges s’excusait toujours d’avoir été grossièrement interrompu par lui-même. C’est vrai que c’est plutôt énervant d’avoir toujours à supporter sa propre présence qui n’arrête pas de vous interrompre… Surtout alors que vous vous apprêtiez à révéler au monde un truc passablement incroyable qui parle d’aspirateurs et de perception de la réalité. Je veux dire, ce n’est quand même pas tous les jours. J’aurais pu simplement dire que j’avais passé un bon dimanche, et puis voilà, personne n’aurait voulu lire un truc pareil. J’aurais pu aussi parler du fait que j’ai passé l’aspirateur ce matin dans l’appartement. Ce qui n’a rien à voir avec notre histoire, d’ailleurs, rassurez-vous, je ne vais pas vous parler ménage personnel. Même si ça pourrait être intéressant de savoir que je fais le ménage à la maison. Non, non, c’est beaucoup plus intéressant, ce que j’ai à vous dire. Beaucoup plus fou, aussi. Et il y a aussi une meilleure utilisation de l’aspirateur. Tiens, je vais tenter de battre le record du mot aspirateur placé dans une note de blog, hop, je crois que j’ai gagné. S’il y a contestation, contactez le Guinness. LE Guinness, alcooliques… Le Livre des Records, celui que vous compulsiez en riant grassement lorsque vous aviez douze ans et la figure couverte de fistules. Ah, ça c’est marrant, hein, l’homme le plus gros du monde, le plus long lancer de pépin de pastèque (à la bouche) ou le plus grand hot-dog de l’univers… ça, ça fait rigoler.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Par contre, dès qu’il faut parler de perception de la réalité, là, il n’y a plus grand-monde…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Bon, ça va ? J’ai été suffisamment énervant. Allez, je me lance.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Vous allez voir, ça va être complètement fou. Un truc dément&#8230;</p>
<p>Vous n’allez pas plus en dormir. Vous allez être excité toute la journée. Quoi qu’il arrive, ce truc va changer votre vie à jamais. Une réflexion de malade poussée à son paroxysme. Un monument dédié à l’absurde, un Arc de Triomphe, que dis-je.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Vous êtes prêts ? Alors voilà.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Aujourd’hui, j’ai vu un type sortir du métro avec un aspirateur sous le bras.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Voilà.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>(Vous êtes toujours là ?)</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Non, mais attendez un peu avant de partir ! Hé, quand même, vous n’êtes pas arrivés jusqu’ici pour vous barrer comme des voleurs, non ?Et puis bon, c’est de votre faute aussi, vous n’aviez qu’à pas mettre trop d’espoir en moi ! Vous pensiez vraiment que je pouvais tenir cinq pages sur un aspirateur ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Quoi, vous ne m’en pensiez pas capable ?</p>
<p>Comment ça ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Vous plaisantez, j’espère. Ce n’est pas que je me vexe vite mais j’ai tout de même ma fierté&#8230; Et puis je suis parfaitement capable de tenir cinq pages sur n’importe quel sujet. D’ailleurs, je vais peut-être lancer un concours. Un concept. Ce sera aux lecteurs de suggérer un sujet de note de blog. Ça pourrait être pas mal, ça, non ?Allez, la prochaine note, je vous laisse décider, d’accord ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p style="text-align: center;"><a href="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2009/11/aspirateur-usb-retro-1a.jpg"><img class="aligncenter size-full wp-image-208" title="aspirateur-usb-retro-1a" src="http://www.julien-simon.com/wp-content/uploads/2009/11/aspirateur-usb-retro-1a.jpg" alt="aspirateur-usb-retro-1a" width="300" height="300" /></a><em> </em></p>
<p style="text-align: center;"><em>Voilà. Il ressemblait un peu à ça&#8230; Epatant, non?</em></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Ceci dit, cette vision quasi prophétique d’un homme marchant seul dans la rue avec un aspirateur sous le bras (un vieux Rowenta un peu pourri, hein, pas le genre d’aspirateur tendance avec tourbillon dedans, qui ne fait aucun bruit et qui aspire même les microbes… non, non, un vieux truc pourrave qui doit rayer le parquet à chaque fois qu’on l’y passe, qui n’aspire plus grand-chose… un vieil engin qui aurait tout aussi bien fait de rester dans la poubelle d’où on l’avait tiré) et bien cette vision, disais-je quelques lignes plus tôt avant d’être encore une fois interrompu par mes propres digressions, avait un petit quelque chose d’interpellant. D’impromptu, dirais-je même. De cocasse, quoi. Par pitié, ne m’obligez pas à sortir le dictionnaire des synonymes…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Alors voilà, un type qui sort du métro avec un aspirateur sous le bras, même pas dans un paquet, ben oui, je l’avoue bien volontiers, ça m’interpelle.</p>
<p>Parce que je ne peux pas m’empêcher de penser : « Mais qu’est-ce qu’il va en faire, de cet aspirateur, là, dans la rue ? ».</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Ben oui, ne me dites pas que vous n’y avez pas pensé. J’entends déjà les impies, les provocateurs et autres malpolis de tout bord pérorer sur la question, et me sortir les explications possibles en vrac.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Evidemment, ça pourrait ête simple.</p>
<p>Oh, vous aimeriez le croire, que la vie est simple&#8230; Tsss&#8230; Re-cuistres&#8230;.</p>
<p>Effectivement. Ce brave homme  pourrait avoir décidé d&#8217;aller passer l’aspirateur chez des amis. Des amis qui seraient tombés en panne d’aspirateur, et un dimanche évidemment, parce que c’est toujours le dimanche que les trucs tombent en panne (pas de problème avec Darty ! Ils se déplacent 7/7…ou alors c’est dans mes rêves aussi, ça ). Ou encore des amis pas assez fortunés pour racheter des sacs de rechange pour l’aspirateur (ils auraient mieux fait d’acheter un Dyson, tiens).</p>
<p>Bien. Prenons la panne. c&#8217;est plus probable.</p>
<p>Alors comme nos sujets étaient en panne d’aspirateur et qu’il fallait absolument qu’ils nettoient le plancher après la grosse chouille d’hier soir, ils ont appelé leur pote. Ben oui, leur pote qui habite à l’autre bout de Paris et qui a un aspirateur pourri ! Bien sûr ! C&#8217;est tellement évident&#8230;</p>
<p>En plus, on le connaît, Roger (appelons-le Roger pour plus de facilité dans la dramaturgie) : il est toujours prêt à dépanner ! Et puis Roger, il n’a pas de vie sociale : ça ne le dérangera donc pas de se taper une heure de transport en commun pour venir passer un coup d’aspirateur chez nous un dimanche après-midi… Il est cool, Roger…</p>
<p>Evidemment, on aurait pu simplement demander au voisin de palier de nous prêter son Dyson une petite vingtaine de minutes. Mais bon, on ne se serait pas tapés cette poilade à imaginer Roger dans le métro avec son aspirateur pourri callé entre deux strapontins…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Soyons raisonnables. Cette hypothèse ne tient pas la route un instant. Il n’avait même pas d’uniforme de personnel de nettoyage, ça aurait pu être une solution mais non ! Et puis s’il avait simplement amené son aspirateur personnel pour passer un petit coup dans sa boutique, par exemple, (qui se trouve ne pas se situer au même endroit que son domicile, c’est plus pratique pour l’intimité), et bien il l’aurait mis dans un sac, son aspirateur. Dans un gros sac, pour ne pas avoir l’air d’un gland dans la rue. Ou bien il se serait contenté d’aller acheter un balai au bazar du coin, je suis sûr qu’on en trouve des pas si mal que ça pour à peine deux euros, allez, je te fais un prix d’ami.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Alors oui, je suis désolé, mais un type qui se balade dans la rue avec un aspirateur même pas emballé ou empaqueté, un aspirateur déglingué qui n’a pas l’air d’avoir été en état de fonctionner depuis la première révolution industrielle, oui, il est normal que je me pose des questions. Et que je remette en cause ma propre perception de la réalité.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Voilà, on y arrive.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Ben oui. Imaginez simplement que ce type n’appartienne pas à ce monde. Qu’il soit simplement un reliquat d’une dimension parallèle, dans laquelle il serait absolument normal de sortir son vieil aspirateur dans la rue, de l’y promener et de l’appeler par un petit nom affectueux (par ma part, si je devais nommer un appareil électroménager, je choisirais Kiki : un nom qui sied autant aux chiens qu’aux aspirateurs et aux femmes).</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Là, je trouve que déjà, on arrive à une situation qui a beaucoup plus de sens. Parce qu’honnêtement, ce type n’a aucune raison d’avoir cet aspirateur ici et maintenant. Soit c’est un provocateur, un dangereux anarchiste, soit il se fout carrément de ma gueule. Et quoi, qu’est-ce qu’il croyait, que je n’allais pas me poser de questions ? Mais ma parole, il se fiche vraiment de moi, ce grossier personnage. Ou alors il est fou. C’est ça. Ce type était un fou qui aurait tout aussi bien pu promener une lampe halogène dans la rue. Une brouette. Un porte-manteau. Un tabouret à motif de Mickey.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Mais je vais aller encore plus loin.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Si ça se trouve, ce mec, ça le fait marrer de faire tout ça.</p>
<p>Il se dit que ça va faire gamberger les gens. Que ça va les faire sortir un peu de leurs gonds, que ça va les perturber. Bien sûr, il aurait simplement pu montrer son postérieur, comme tout le monde. Mais c’est tellement vulgaire, la dépantalonnation. Et puis c’est trop commun. Tout le monde le fait, à tous les coins de rue.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Non, le mec s’est dit « je vais les surprendre ».</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Le mec s’est dit « je vais sortir dans la rue avec mon aspirateur ».</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Le mec a réfléchi un instant, assis sur son canapé élimé, et il s’est dit « je vais leur faire voir que la réalité n’est pas une et indivisible, comme la République, mais qu’elle est multiple et passablement aléatoire ».</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Alors le mec a chopé l’aspirateur qui trainait dans le couloir et dans un élan formidable de liberté d’action, il est sorti, l’appareil sous le bras. Génial. Vraiment génial. Ce mec est un génie. Un génie moderne. Un véritable créateur tel qu’on n’en avait plus vu depuis Léonard de Vinci, un type qui révolutionne, qui brise les murs et les frontières des genres, qui bouleverse les diktats des protocoles établis…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>J’en aurais presque les larmes aux yeux devant tant de beauté primitive…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Bon voilà.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Preuve est faite que je peux tenir cinq pages avec un aspirateur.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Au fait, je ne rigolais pas pour le sujet de note de blog : si vous avez une idée, faites passer. Je transmettrai à mon cerveau.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et enfin, si vous n’avez pas l’impression de vous être totalement fait arnaquer par la vacuité de cette note et l’intitulé trompeur, je vous invite à faire connaître ce site et à le partager sur vos réseaux respectifs. Ça fait toujours plaisir.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>J’espère toutefois que je n’ai mis personne de mauvaise humeur…</p>
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		<title>Quand ma bande est originale</title>
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		<pubDate>Mon, 23 Nov 2009 21:13:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Le maître des lieux</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les machins qu'on lit et qu'on regarde et qu'on écoute]]></category>
		<category><![CDATA[Les trucs qui passent par la tête]]></category>
		<category><![CDATA[souvenir]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous vivons en pleine fiction.

Cela ne vous a sans doute pas échappé.

Nos vies sont autant de constructions dramaturgiques en puissance. Elles n’attendent qu’une caméra pour les capturer. Elles n’attendent qu’une plume pour les figer dans l’immobilité du mot. Dans son immuabilité. Nous sommes les héros de nos fictions respectives. Le premier rôle du film de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous vivons en pleine fiction.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Cela ne vous a sans doute pas échappé.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Nos vies sont autant de constructions dramaturgiques en puissance. Elles n’attendent qu’une caméra pour les capturer. Elles n’attendent qu’une plume pour les figer dans l’immobilité du mot. Dans son immuabilité. Nous sommes les héros de nos fictions respectives. Le premier rôle du film de notre vie. Voilà.</p>
<p>Evidemment, il y a quelque chose de profondément ridicule dans cette assertion. Pour la plupart d’entre nous, l’existence est un chemin tracé droit dans le sable. Pas de variations, pas de folies, quelques larmes bien sûr, quelques joies aussi, mais pas de quoi s’emballer : nous ne serons jamais les héros d’une rocambolesque aventure. Nous ne gravirons jamais les sommets enneigés de l’Himalaya. Nous ne sauverons jamais des griffes du diabolique professeur expert en magie noire la jeune étudiante en sciences occultes.  Nous ne rencontrerons jamais le fier héros qui saura nous tirer d’affaire, l’homme mystérieux au regard de feu.</p>
<p>Ce ne sont pas des vies pour nous, qui sommes si ordinaires. Nous traversons l’existence comme une feuille tombée dans un cours d’eau : nous sommes là par hasard, nous allons au gré du courant et nous finirons là où nous avons commencé, dans l’oubli. Dans le néant.</p>
<p>Et pourtant… Et pourtant…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>(insérer ici quelques cris de détresse, lamentations aigues et autres manifestations lacrymales…)</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Nous avons tous la même aspiration à l’infini. A la beauté. A la globalité.</p>
<p>C’est un truc que l’on partage.</p>
<p>Et même si nos vies ne sont pas celles des héros du cinéma, nous les vivons sans rougir. Mais il y a un truc qui nous fait tenir. Une petite astuce qui fait que nous supportons de ne pas être les protagonistes principaux d’une série à succès, qui fait que nous supportons le quotidien en rêvant à des jours meilleurs. Un truc tout bête.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Nous faisons semblant.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Nous vivons notre propre film.</p>
<p>Celui-là ne sera jamais projeté sur grand écran. Il ne fera jamais l’objet d’une adaptation télévisuelle. Mais il existe juste là, derrière le front, juste au-dessus des yeux. Cette dramaturgie personnelle, enfouie au fond de nos tripes, dont nous sommes les héros.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Evidemment, l’accès favorisé à la fiction n’a rien arrangé. Soyons honnêtes, nous vivons complètement cernés par la fiction. Par les histoires. Nous sommes d’avides consommateurs de séries télé. Nos codes sont ceux du cinéma, de la littérature quelquefois, mais principalement de la télévision. Nous vivons dans une fiction permanente dont nous sommes les héros. Alors il y a des épisodes un peu moins gais que les autres, parce qu’il faut bien que certains épisodes vous coupent le souffle, et puis il y en a des biens, du genre de ceux qu’on enregistre sur vidéo et qu’on revoit avec plaisir quelques années plus tard.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Et comme pour toute fiction, vous avez votre bande originale personnelle.</p>
<p>Elle n’appartient qu’à vous. Ce sont vos disques, vos sons, ceux qui vous ont accompagné, qui ont nourri votre imaginaire toutes ces années.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Vous me suivez ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>L’apparition des baladeurs portatifs a été particulièrement favorable à l’émergence de sentiments tels que ceux-ci. Avant, c’était un peu compliqué de se faire une B.O. personnelle, il fallait ramener un orchestre, ou au moins quelques musiciens: difficile de se promener dans la rue avec de la musique. Imaginez Napoléon, seul sur l’île de Sainte Hélène, marcher au vent mauvais, le chapeau rabattu et la main dans la doublure, au son d’un Beethoven (la 5ème, bien sûr) : et bien il lui aurait fallu un orchestre. Alors que s’il avait eu la bonne idée de naître quelques années plus tard, il aurait eu un IPod. Beaucoup plus facile d’entretenir un spleen avec des écouteurs sur les oreilles.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Nous avons tous fait ça. Mettre les écouteurs, se promener dans la rue. Ou plutôt se promener dans le clip, puisqu’une césure se fait soudain, entre réalité factuelle et réalité rêvée. Tout à coup, les caméras sont là, elles suivent votre marche. La musique, comme tombant des nuages, vous enrobe. Elle tourne autour de vous. Vos lèvres se mettent à remuer, elle se synchronisent sur les paroles du chanteur. Vous êtes le chanteur. Si la chanson est triste, le clip l’est aussi. Vous marchez plus lentement. Vos yeux se perdent dans le vague. Quelques passants vous regardent d’un air étonné, avant de détourner les yeux et de retourner à leurs affaires. Ils n’ont pas la même musique que vous dans les oreilles. Ce serait si facile si tout le monde écoutait la même musique au même moment. Vos pas se ralentissent, ou bien ils s’accélèrent, tout dépend de la chanson. Vous êtes la chanson. Vous la vivez corps et âme. Et bon sang, qu’est-ce que c’est beau, de vivre un instant en dehors de toute plausibilité. De vivre pour soi, rien que pour soi, et de n’être que soi. Pas seulement un produit de tous les autres.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Vous avez remarqué à quel point les chansons nous accompagnent ?</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Quand je parle de bande originale de nos vies, je ne mâche pas mes mots. Les musiques nous collent à la peau. Quelquefois il suffit simplement de quelques notes qui résonnent pour que les souvenirs affluent.</p>
<p>C’est un très bon pense-bête.</p>
<p>Je veux dire, un bon pense-bête pour se rappeler de ses propres souvenirs.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Pour ma part, j’ai un souci de mémoire. Je ne me rappelle de pas grand-chose, c’est vrai. On me l’a suffisamment reproché. On répond à ma question, et je la repose six mois plus tard en ayant oublié la réponse. En ce qui concerne certains, j’ai bien pu poser la question cent fois. Romy, je ne suis toujours pas certain du travail que font tes parents. C’est terrible, je voudrais m’en souvenir, mais je n’y arrive pas : ça entre par une oreille et ça ressort par l’autre. Et à cet instant précis, je m’en veux énormément. Je crois que je vais me les faire tatouer, ces professions, pour en finir une bonne fois pour toutes. J’ai dû te poser la question cinquante fois depuis nos seize ans. C’est même devenu une blague entre nous.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Alors la musique arrive à point nommé.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Parce que la musique, ou en tout cas certains morceaux, ont un effet thérapeutique. Ils ont le pouvoir de me replonger instantanément dans le passé. De ressentir les mêmes émotions, de revoir les couleurs, de me retrouver baigné dans les odeurs. Je récupère tous mes sens, ma mémoire s’éveille. Je me rappelle de l’odeur d’un vêtement. Je me rappelle de la texture d’un mur, de sa rugosité lorsque j’y passais ma main. Je revois des visages oubliés depuis longtemps, aimés puis oubliés. Quelquefois aimés passionnément, mais les souvenirs ne viennent pas. Il faut la chanson. Le catalyseur.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Les chansons sont des catalyseurs d’émotion. Elles retiennent les souvenirs comme des éponges gorgées d’eau. Il faut les presser fort, et le jus coule à flots. Mettez le disque de la bande originale sur la platine, et le tableau s’éclaire.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Dans cette époque d’image, tout est sujet à l’enregistrement vidéo. Vous avez remarqué à quel point la réalité est toujours moins belle que le souvenir ? Il y a certaines vidéos que l’on aimerait ne jamais avoir revues. La réalité était tellement plus belle lorsqu’elle se terrait dans nos têtes. Tout était plus gracieux, moins lourd. Pour se créer des souvenirs, un conseil : oubliez vos caméras, oubliez vos appareils photo. Posez les écouteurs sur vos oreilles et vivez l’événement — soit tout de suite, soit un peu plus tard, quelques heures au plus, en y repensant — avec une musique choisie.</p>
<p>Des années plus tard, des dizaines d’années plus tard, vous pourrez réécouter la chanson. Et là, miracle, tout revient. Les émotions, les couleurs, tout est là, tel que vous l’avez vécu.</p>
<p>La magie est intacte.</p>
<p>Rien n’est écorché.</p>
<p>Ça vaut toutes les vidéos du monde.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Quitte à dramatiser sa vie, autant le faire à fond. Le volume à fond, j’entends.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Une sélection de mes chansons. Celles qui me rappellent des choses. Il n’y a pas de légende en-dessous, mais les morceaux parlent d’eux-mêmes, je pense. Prenez quelques minutes pour les écouter. Vraiment, surtout si elles vous rappellent à vous aussi certaines choses. Pour les gens de ma génération, ce sont des chansons que nous partageons. Elles sont notre mémoire collective. Elles vous évoquent quelque chose à vous aussi.</p>
<p>Et nous avons trop souvent pris l’habitude de zapper. Nous passons trop vite d’un sentiment à l’autre. Posez-vous un instant. Réfléchissez. Laissez-vous aller au flux et au reflux des émotions passées. C’est quelquefois triste, mais souvent vivifiant. On se rappelle soudain qu’on en vit pas que dans un éternel présent. Qu’on a aussi un passé, et qu’il nous a construit au gré, quelquefois, des destructions.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p style="text-align: center;"><object width="425" height="344"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/G00_O33kAhg"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><param name="flashvars" value="" /><embed src="http://www.youtube.com/v/G00_O33kAhg" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="425" height="344" flashvars=""></embed></object></p>
<p style="text-align: center;">C&#8217;est typique, cette chanson me rappelle l&#8217;année de mes quinze ans. Et tout ce qui va avec.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"><object width="425" height="344"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/YIwUxq0BMSE"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><param name="flashvars" value="" /><embed src="http://www.youtube.com/v/YIwUxq0BMSE" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="425" height="344" flashvars=""></embed></object></p>
<p style="text-align: center;">Pareil pour celle-là.</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"><object width="425" height="344"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/IBH97ma9YiI"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><param name="flashvars" value="" /><embed src="http://www.youtube.com/v/IBH97ma9YiI" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="425" height="344" flashvars=""></embed></object></p>
<p style="text-align: center;">Rhoo, le spleen&#8230;</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p style="text-align: center;"><object width="425" height="344"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/g3C7DECI0jU"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><param name="flashvars" value="" /><embed src="http://www.youtube.com/v/g3C7DECI0jU" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="425" height="344" flashvars=""></embed></object></p>
<p style="text-align: center;">Pour (se) finir&#8230;</p>
<p style="text-align: center;"> </p>
<p>Et puis si vraiment vous en avez envie, je vous propose une expérience : vous pouvez laisser l’une de ces chansons tourner tandis que vous relisez ces quelques lignes.</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>Ainsi, à chaque fois que vous entendrez la chanson, vous repenserez à ce principe de bande originale de vie. Et si ce ne sont mes mots, le souvenir au moins refera surface…</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
<p>(bien, j’espère que c’était suffisamment déprimant pour vous, aujourd’hui :D )</p>
<p><br class="spacer_" /></p>
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