L’idée m’est venue hier soir, en regardant un épisode vintage de l’excellente série X-Files. Dans cette série, de nouveaux personnages débarquent à chaque épisode (des gens louches pour la plupart, ou des gens à qui il arrive de gros problèmes, bref, tout un tas de gens). Et comme les épisodes ne durent que 40mn, il faut caractériser ces nouveaux personnages au plus vite: leur donner un background, une histoire, un comportement, en un mot, les rendre crédibles.

Jusqu’à hier soir, je connaissais plusieurs moyens de le faire: les dialogues, bien entendu, les vêtements, la démarche, la décoration d’un appartement, etc… mais je n’avais jamais remarqué à quel point, pour les personnages masculins, le col de chemise était important. la manière dont il est boutonné, dont il est cravaté, dont il est décalé, dont il est dépareillé, nous en raconte énormément.

La preuve en images:

Ici, rien que de très normal. Cravate bien en place, chemise bien boutonnée: le personnage travaille dans une banque, dans un bureau, et il est plutôt cool (ou alors il a très bien réussi, ce qui lui confère ce caractère cool mais irritant… il peut même être méchant, très méchant… mais cool quand même)

 

 

Alors là, plus délicat. Chemise boutonnée à peu près convenablement, mais sans cravate: le personnage n’a pas l’habitude de se détendre (en l’occurrence, il s’agit d’un ministre) mais il veut en donner l’image. Déjà, c’est louche: le bonhomme a l’air sérieux, trop sérieux même. Je me méfierais de ce personnage.

On descend encore d’un cran sur l’échelle du col. Ici, le col est plus évasé, plus larges, certes boutonné, mais toujours sans cravate et surtout, fantaisie! Le personnage a un problème de reconnaissance malsain, probablement un artiste (yurk!). Impossible de faire confiance à un tel indécis.

Celle-ci est tricky: la mise est à peu près correcte, mais légèrement décalée. Surtout, la cravate ne cache pas le dernier bouton. Le col est clairement mal choisi pour la physionomie du personnage, et la cravate est mal nouée. Pour ce personnage, le costume est un déguisement: il n’a pas l’habitude de le porter. Il cache donc un lourd secret (ou alors il a très mauvais goût… ou alors sa mère continue de l’habiller passé vingt-cinq ans, ce qui est louche aussi).

Là, ça commence à devenir sérieux: chemise rentrée dans le pantalon, sans cravate mais col ouvert (je ne parlerai même pas de la boucle de ceinture). Les manches sont baissées et fermées. Honnêtement, ça commence à ressembler à un ingénieur. Je ne me hasarderais pas à lui parler technique, sinon la conversation risque d’être ennuyeuse. Quant au personnage de droite, avec son pull en polaire et son polo qui dépasse du col, oublions-le tout de suite: à son look, on déduit très vite qu’il ne réussira jamais dans la vie.


Haaaa, le fameux col ouvert jusqu’au nombril… Si vous décidez de pourvoir votre personnage d’un col de ce genre, inutile de tergiverser: cette manière de se boutonner hume le sexe à dix kilomètres! C’est une invitation à la luxure, à la séduction, au déboutonnage… Quelle que soit la chemise, passés les deux premiers boutons défaits, c’est passage à la casserole direct. Ce personnage en veut à votre libido, voire à vos fesses.

Et voilà mon préféré: le col de chemise du méchant. Boutonné jusqu’en haut, sans cravate, un peu serré. Le scénariste cherche à vous faire passer un message simple: il s’agit du méchant, du psychopathe, celui dont il faut se méfier à tout prix. Passez votre chemin, cet individu est soit un tueur en série, soit un dangereux fétichiste, soit un extraterrestre… (soit un nerd, évidemment, mais ils sont tout autant à éviter que les catégories précédentes).

La prochaine fois, je m’attaque aux lacets de chaussures dans les films d’Hitchcock. Vous allez voir, ce sera passionnant.