Freemium, nouvelle tendance

Le « freemium » est le nouveau modèle économique à la mode, notamment dans l’industrie culturelle.

Il consiste à proposer aux utilisateurs une première section de contenu gratuite — « free » — (quelques chapitres, un niveau pour le jeu vidéo, un morceau de musique, etc) afin d’inciter à l’achat de la partie « premium », la suite du contenu, payante. Cet avant-goût est censé provoquer chez l’acheteur potentiel une envie irrépressible de découvrir la suite de l’oeuvre.

Depuis quelques jours circulent sur le net des articles vantant l’économie freemium appliquée aux livres. On y décrit un univers où l’utilisateur, attiré par la perspective d’avoir du contenu gratuit, visite le site sur lequel le contenu est hébergé et génère ainsi du traffic. Le principe a du succès, puisque les compteurs de visites uniques explosent. Mais le but est ensuite de transformer la visite, ou le téléchargement gratuit, en achat (téléchargement payant).

Mais c’est là que les choses se gâtent.

 

Pas, ou peu, de transformation d’achat

L’édition 100% numérique essaye pourtant chaque jour de proposer des solutions innovantes afin d’amener les lecteurs aux ouvrages numériques: des prix attractifs (moins de 5 euros par livre en général), des thèmes originaux, des concepts novateurs et… du freemium.

Nous avons pu nous-même le constater: offrir du contenu gratuit génère du traffic et donc du téléchargement. En moyenne, les titres gratuits génèrent plusieurs millers, voire dizaines de milliers, de téléchargements (on parle ici de téléchargements, pas de lectures, ce qui est une autre histoire).

Mais les téléchargements gratuits, aussi nombreux qu’ils soient, ne génèrent pas encore d’achat derrière. Pour 1000 livres gratuits téléchargés, il se vend 1 livre payant en moyenne. Avec un ratio d’1 pour 1000, autant dire que dans l’univers restreint du livre numérique, pas ou peu de chance de transformer le gratuit en véritable opportunité de se faire connaître, et donc de vendre.

 

Le gratuit vampirise le payant

Outre les considérations de l’ordre de la rémunération de l’auteur (le gratuit se télécharge, oui, mais il ne nourrit pas son homme), il se pose un autre problème: la vampirisation du payant par le gratuit.

Dans le monde du livre numérique, les lecteurs potentiels téléchargent énormément. Plus qu’ils ne pourront en lire, en général. Sachant cela, leurs téléchargements s’orientent naturellement vers du gratuit, moins engageant financièrement. Et lorsque l’on propose un extrait gratuit d’un ouvrage… le lecteur en reste à la partie gratuite, préférant aller chercher un autre ouvrage gratuit ailleurs plutôt que d’acheter la suite du premier, même pour un prix modique.

J’ai pu le constater dans mes activités numériques: offrir un livre génère du téléchargement, mais pas d’achat consécutif. Les auteurs bénéficient de l’éclairage médiatique ainsi offert, mais n’en sont pas rétribués: les lecteurs numériques ne cherchentpas encore à découvrir l’écrivain qui se cache derrière le gratuit, et donc à acheter leurs autres ouvrages.

Ce qui, entre nous, est un problème quand on est éditeur.

Le gratuit est néanmoins une opportunité

Le gratuit a démontré son pouvoir à générer du téléchargement. Mais il faut que ce téléchargement puisse être rétribué en amont ou en aval. Pourquoi ne pas imaginer des livres numériques subventionnés par des collectivités, ou par des entreprises?

Bénéficiant ainsi de l’opportunité médiatique du gratuit, une marque pourrait être à même de toucher un public visé par le biais d’un livre, et pourquoi pas d’une fiction dans laquelle son image serait scénarisée pour intégrer la narration? La marque rétribue ainsi l’éditeur pour la création du livre gratuit, et récupère en échange un produit original, à fort potentiel communiquant, et assuré de générer beaucoup de téléchargements (car bénéficiant de l’aura de la marque en question). Avec un auteur talentueux à la barre, le produit final pourrait être de toute beauté, et ravirait autant l’éditeur que le lecteur et le client initial.

Nous devons trouver des solutions pour diffuser plus largement le livre numérique. Et le freemium n’est pas pour l’instant une solution satisfaisante.